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Je pense mieux, une pépite pour les enfants doués

Christel Petitcollin,Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c'est possible !, Guy Trépaniel, 2015
Christel Petitcollin,Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !, Guy Trédaniel, 2015

 

Dévorer un livre en quelques heures, cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé!…

Comment décrire le sentiment d’excitation qui m’a habitée du début à la fin? Une sonate pour piano de Mozart pour la fluidité de l’écriture? Un toast au caviar pour goût de la nourriture? Un paysage qui s’ouvre devant soi au fur et à mesure qu’on avance et que je découvre de nouvelles perspectives? Tout cela et bien plus encore.

J’avais énormément apprécié de lire «je pense trop». Les propos de Mme Petitcollin «collaient», pour l’essentiel, avec mon expérience et mon parcours de vie. A défaut de piste vraiment concrète pour mieux vivre, c’était précieux pour moi de me retrouver dans ses paroles. C’est certainement l’ouvrage en langue française qui me correspondait le plus. Pour une fois, je ne suis absolument pas sûre de trouver mieux en langue anglaise, même s’il existe au moins un éditeur spécialisé dans le domaine (1). Ca colle tellement bien que, à mes yeux, cela va au-delà du «s’efforcer de comprendre l’autre comme il se comprend lui-même» cher à Carl Rogers. Je ressentais et je ressens toujours «je pense trop» comme un livre écrit de l’intérieur, par une personne surefficiente et pour d’autres personnes surefficientes. Peut-être est-ce pour cela qu’il a eu tant de succès auprès des enfants doués et qu’il est resté étranger auprès des normo-pensants, comme le révèle Mme Petitcollin dans son nouvel ouvrage.

Ce nouveau livre est stimulé et inspiré des correspondances et des interactions que l’auteure a eu depuis le premier livre. Il est écrit avec beaucoup de fluidité sur le ton d’une conversation. Elle s’adresse directement aux personnes surefficientes. Elle aborde une succession de thèmes (au moins un par chapitre), de manière brève et très vivante.

La multiplicité des thématiques abordées doit permettre à de nombreuses personnes d’y trouver leur compte, dans toute la variété des parcours de vie et des manières d’être au monde des personnes concernées. Là encore, ces thèmes sont beaucoup centrée autour de «mettre en mots», «faire du sens», «ouvrir de nouvelles perspectives», «aider à voir ou lire autrement certains aspects de sa vie», et j’ai été fascinée par l’ouverture et les perspectives ouvertes par cet ouvrage. J’ai été tout particulièrement intéressée par le chapitre sur les résonances ou les correspondances entre ce que c’est que d’être une personne surefficiente, asperger ou autiste.

Après, en lisant un texte avec une telle intensité, il y a bien sûr les nombreux moments où j’ai senti le fameux «Ah, mais c’est plus compliqué!». Mais c’est relativement facile de pouvoir trouver plein de nuances et de complexités additionnelles à partir d’un texte pareil! En voici quelques unes qui me semblent particulièrement importantes, en tout cas pour moi.

Mme Petitcollin utilise le terme de «balancier» (2) pour désigner tout groupe humain qui a pour but de regrouper un maximum de membres et de se nourrir de leur énergie. Dans son développement, elle mentionne que de lutter «contre» ou de lutter «pour» est stérile et que les engouements, comme les indignations sont souvent de courte durée, que seul l’engagement à long terme paie. C’est peut-être du au fait que j’ai vu de près quelques luttes pour la défense de droits humains, mais je constate que les organisations qui sont engagées dans ce genre de thématique se doivent de lutter «pour» ou «contre» quelque chose et que c’est une partie inhérente de leur engagement à long terme. Qu’il s’agisse des violences faites aux femmes, des droits des personnes trans, du mariage pour tous, etc., il y a une part non négligeable de recours à la pression de l’opinion publique et de rapports de force dans la défense de toutes les causes qui méritent d’être défendues. Par contre, il faut savoir choisir ses luttes et doser les différents moyens.

Un chapitre entier est consacré au manque d’égo des personnes surefficientes et à ses conséquences dans leurs relations. Ce chapitre contient de nombreuses remarques fort judicieuses, mais il me semble qu’il y manque une clef. Cette dernière est que la sécurité intérieure, fondement d’une bonne image de soi et d’un égo normalement développé est normalement le fruit d’une expérience incarnée, corporelle, que fait le tout petit enfant quand il est accueilli et aimé de ses parents et que ces derniers le lui signifient adéquatement, par un contact corporel respectueux et pleinement habité. Quand cette sécurité intérieure n’est pas là, il n’y a pas moyen de construire quoi que ce soit de solide. Pour se remettre sur pied, il faut faire cette expérience, toujours de manière incarnée et ceci quel que soit son âge. C’est ce qu’affirme, entre autres, l’haptonomie (3) et je dois constater que cela correspond à mon expérience. Dans la mesure où Mme Petitcollin confirme que, dans sa pratique, une grande proportion de personnes surefficientes ont subi de solides traumatismes dans leur parcours de vie, il me semble que ce point est susceptible d’en aider un certain nombre.

L’auteure consacre une section à la pathologisation des états d’âme. Elle fait remarquer, à très juste titre, la surinflation des codes diagnostiques dans les éditions successives du DSM (4), que sa toute dernière édition, le DSM-V, a dépassé toutes les bornes en la matière (par exemple, en pathologisant tout deuil au-delà de quinze jours). C’est littéralement à se demander qui est vraiment dément dans cette affaire et il y a encore bien pire dans ce document!

Mais, si tout code diagnostique peut être très mal utilisé, cela peut être dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai vu de près des ados et des adultes hyperactifs et des personnes souffrant de troubles bipolaires. J’ai vu de près la souffrance d’ados tellement mal dans leur peau qu’elles allaient jusqu’à s’automutiler et dont la scolarité, en cendres, les privait de toute perspective. Je les ai aussi vu «rassembler leur vie», «se retrouver» une fois sous ritaline, pouvoir mener une vie bien bien plus satisfaisante à leurs yeux et choisir de conserver cette médication. J’ai aussi vu des adultes hyperactifs, avec leur propre vie et leur famille en petits morceaux. Je les ai aussi vu pouvoir se rassembler et retrouver une vie bien plus satisfaisante et harmonieuse (pour eux-mêmes et pour leurs proches) avec ce même médicament qu’on stigmatise tant. Et j’ai toujours autant de mal à comprendre comment on pourrait risquer «d’assommer une classe entière» avec une molécule qui est un stimulant du système nerveux central (c’est une amphétamine), qui a été prescrit contre la narcolepsie avant qu’on trouve mieux!

L’auteure consacre une section au monde «2.0» qui est pour elle une grande source d’espoir. J’avoue être infiniment plus réservée à ce sujet. Nombre de communautés qui apparaissent sur internet souffrent exactement des mêmes maux que nos sociétés: andro-centrées, centrées sur des personnes de couleur blanche, misogynes, homophobes, transphobes, etc. Les personnes dominantes de ces groupes sont presque exclusivement des hommes et ce sont les plus pugnaces, les plus narcissiques et les plus à même à vivre dans une atmosphère de conflit perpétuel qui l’emportent (5). Dans cet univers, pour citer Mme Petitcollin, les crimes ne sont pas nécessairement punis, bien au contraire, ce sont souvent ceux qui les dénoncent qui sont attaqués. Par exemple, dans le cas de certaines des femmes qui ont dénoncé la misogynies des jeux informatiques, le harcèlement est allé jusqu’à des menaces de mort et des menaces d’attentat lors de leurs apparitions publiques (6). Leurs harceleurs courent toujours et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas condamnés unanimement. Certaines communautés Open Source tentent de mettre en œuvre des mécanismes de modération, mais elles en sont aux balbutiements (7).

Il y a aussi plusieurs chapitres sur la vie en société et sur le monde professionnel qui me laissent un peu réservée. Peut-être que c’est juste une question de l’ordre des mots, mais il me manque une phrase qui dirait en substance «même en faisant de votre mieux, attendez-vous à ce que cela ne soit pas simple et à ce que cela reste problématique». Pour reprendre un exemple de l’auteure, j’ai appris à être (plus ou moins) sage dans ma vie professionnelle et à faire attention de savoir auprès de qui je peux m’exprimer et dire certaines vérités, ou pas. Mais je suis au regret de constater que cela ne fait que déplacer le problème. Quand j’arrive à repérer que ma parole n’est pas bienvenue et à me taire, j’évite en effet des rejets et des agressions. Par contre, c’est une véritable souffrance pour moi que de voir des gens aller à toute vitesse droit dans un mur, et ne rien pouvoir faire, et je me sens souvent emmurée vivante! Après, il me faut digérer.

En ce qui concerne le monde du travail, je suis très pessimiste. A mes yeux, l’indépendance, la voie proposée par Christel Petitcollin, n’est une piste que pour un petit nombre de personnes et j’ai vu bien trop d’indépendant-e-s incapables de tourner et avoir toutes les peines du monde à réintégrer le marché du travail «classique» pour la recommander à qui que ce soit. Par ailleurs, ce dernier est devenu tellement dur et tellement incompatible avec la manière d’être des personnes surefficentes que le seul fait de survivre plus ou moins sur le plan psychique est déjà une réussite majeure. Quant aux entreprises à visage humain dont parle l’auteure et qui seraient compatibles avec les personnes surefficientes, je n’en connais pas une seule.

Il me semble que quand on est une personne surefficiente, il est nécessaire d’apprendre à vivre «en terre étrangère», comme l’écrivait Robert Heinlein (8). Et, comme dans son roman, c’est d’autant plus difficile que, même si nous sommes des aliens, notre différence ne se voit pas. Une autre référence qui me vient est celle de la communauté imaginaire, la Sororité de l’Epée, inventée par l’écrivaine Marion Zimmer Bradley (9). Ce ne sont pas les modèles les plus riants que je connaisse, mais ils correspondent à mon expérience de vie, ils me parlent de la vie de mes amies surefficientes et ils me parlent de la survie dans une société qui n’est à tout le moins pas inclusive quand il n’est pas franchement excluante.

Bref, il s’agit de quelques bémols, de quelques nuances ou de quelques accents mis un peu différemment sur un texte que je ne peux que recommander chaudement à tous les enfants doués, à toutes les personnes surefficientes qui cherchent leur chemin.

(1) http://www.greatpotentialpress.com

(2) Vadim Zeland, Transurfing, Exergue, 2010

(3) Frans Veldman, Haptonomie science de l’affectivité : redécouvrir l’humain, PUF, 2007

(4) Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, American Psychiatric Association, http://www.dsm5.org/Pages/Default.aspx

(5) Voir, par exemple :

http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/may/08/misogyny-worse-than-before-internet

http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/aug/08/women-misogyny-internet-mary-beard-female-troll

http://motherboard.vice.com/read/the-chilling-effect-of-misogynistic-trolls

(6) J’ai mis quelques références à ce sujet dans l’article suivant :

https://labyrinthedelavie.net/2014/11/02/les-dupont-lajoie-de-la-mysogynie/

(7) Voir, par exemple:

http://www.zdnet.fr/actualites/conflit-linux-adopte-un-code-de-bonne-conduite-39816070.htm

(8) Robert Heinlein, En terre Etrangère, Robert Laffont, 2014, pour l’édition actuelle

(9) Marion Zimmer Bradley, The Saga of the Renunciates, Mass Market Paperback, 2002

Traverser les épreuves malgré tout

Femme irakienne (kurde?) à l'entrainement.  Source: Wikimedia http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Female_iraqi_soldier_with_a_Kalashnikov.JPEG )
Femme irakienne (kurde?) à l’entrainement.
Source: Wikimedia http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Female_iraqi_soldier_with_a_Kalashnikov.JPEG )

 

Depuis quelques mois, nous voyons de nombreuses femmes prendre les armes dans une région du monde, le moyen orient, qui nous semblait plus connue pour son caractère patriarcal et pour sa violence que pour la place des femmes dans la vie publique. Visiblement, l’apparition d’un mouvement totalitaire de plus, connu pour les horreurs qu’il commet a été la goutte de trop. Il a convaincu ces nombreuses femmes de s’engager les armes à la main pour défendre leurs droits leur liberté et leur dignité.

Je ne suis pas sûre que la majorité d’entre elles se soit jamais imaginée dans un statut de soldat il y a même quelques années. Mais trop c’est trop. Et le rôle qu’elle jouent dans la défense de villes comme Kobané montrent qu’elles sont courageuses, déterminées et fort compétentes au point que l’une d’entre elles a pris la tête de la résistance locale aux fondamentalistes. Une fois la paix revenue, il faudra compter avec elles.

Même en Europe, elles surprennent. Ici aussi les stéréotypes et les vision essentialistes sont loin d’avoir disparu. Ces femmes nous prouvent qu’elles peuvent être des soldates de premier ordre et qu’elles ont la même capacité que les hommes à faire face aux situations les plus extrêmes.

Elles ne sont certainement pas épargnées par la violence des combats. Elles meurent, elles sont blessées, voire mutilées. Elles souffrent dans leur chair elles aussi. Elles aussi ont vu leurs proches massacrés. Elles ont certainement des hauts et des bas. Certaines sont plus résistantes que d’autres. Pourtant elles continuent la lutte et elles affrontent le poids effroyable de mort qui s’est abattu sur leur région. Ce faisant, elles nous rappellent que, d’être une guerrière ne signifie pas traverser de pareilles épreuves sans en être affectée et sans en souffrir, loin de là. Mais c’est avoir le courage et la détermination de les traverser malgré tout.

Pour cela, elles ont toute mon admiration et mon respect.

Quelle insertion dans le monde professionnel quand on est un être sensible?

Panneau de signalisation, à la croisée du chemin des Laines et du chemin de la Liquière à Ournèze, Daniel Villafruella, Wikimedia Commons
Panneau de signalisation, à la croisée du chemin des Laines et du chemin de la Liquière à Ournèze, Daniel Villafruella, Wikimedia Commons

Faire des études peut être enthousiasmant et de nombreux jeunes, quand ils s’apprêtent à entrer dans le monde du travail ont l’espoir de pouvoir apporter quelque chose. La suite ne leur donne pas toujours raison. C’est difficile de garder espoir quand on se retrouve un petit numéro parmi d’autres et quand on est témoin de relations humaines dans lesquelles le respect mutuel, l’écoute, laisser la personne développer son potentiel sont vu comme des extraterrestres. Quant on est un être particulièrement sensible, c’est l’assurance d’en prendre plein la figure. Christel Petitcollin mentionne que les personnes hyperefficientes «doivent avoir une gestion du stress de premier ordre» (*). Mais cela peut ne pas suffire ou ne pas marcher.

En regardant mon propre parcours de vie à la lumière de celui de personnes de mon entourage, je vois plusieurs manières de faire face à cette situation. Mais je ne suis pas sûre que l’une soit préférable à l’autre.

Une possibilité est d’avoir un job «normal» (ne me demandez pas ce que cela signifie) qui apporte une sécurité matérielle et financière. Si cela permet d’éviter certaines galères (celles qui sont liées au manque d’argent), c’est aussi la quasi assurance d’en prendre plein la figure jour après jour dans un univers professionnel non respectueux. Arriver à digérer et à maintenir son équilibre dans un univers aussi toxique devient une épreuve de chaque jour et consomme une énergie énorme. C’est vrai qu’à l’occasion, on peut avoir quelques actions dans lesquelles nous nous sentons avoir un sens. Mais est-ce que le prix payé en vaut la peine ?

Un autre parcours possible est de prendre un chemin d’indépendant-e, de faire ce qui nous intéresse, d’essayer d’en vivre ou de compléter l’ordinaire par des travaux alimentaires. Les personnes que je connais qui ont entrepris ce parcours ont évité de subir le monde de l’entreprise, son inhumanité et sa perversité. Par contre, elles sont dans une sérieuse insécurité matérielle, ce qui limite leur capacité de créer qu’elle voulaient privilégier. Est-ce que cela en vaut la peine ? Est-ce vraiment mieux?

Il est des personnes pour qui le monde du travail actuel est proprement insupportable. Elles se retrouvent régulièrement sans emploi et c’est très difficile pour elle d’en garder un plus de quelques mois. Les périodes sans emploi les protègent de ce qui leur est insupportable, mais leur insécurité matérielle est encore plus grande.

Christel Petitcollin parle des professions libérales comme d’une piste de choix pour les surefficient-e-s mentaux. Je n’en connais pas qui aient suivi ce chemin. Mais il est vrai que cela peut marcher.

Ce qui me touche et me révolte est que la difficulté des personnes douées à trouver une place dans le monde professionnel est un drame pour tout le monde. C’en est un pour elles, qui aspirent tellement à pouvoir se donner et qui se trouvent rejetées, parfois très violemment, justement en raison de leurs dons et de leurs capacités. C’en est un pour la société qui se prive d’un capital d’innovation, de changement, de modération, d’apaisement qui est très précieux.

(*) Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, Christel Petitcollin, 2010, Guy Trédaniel

Etre rebelle et vivre avec

 

Le rebelle, Osho Zen Tarot, 1994 Osho International foundation, Suisse, 2005, AGM AGMüller, CH–1812 Neuhausen pour l’édition française
Le rebelle, Osho Zen Tarot, 1994 Osho International foundation, Suisse, 2005, AGM AGMüller, CH–1812 Neuhausen pour l’édition française

 

Pour la plupart des personnes, être un-e rebelle, signifie être en révolte permanente contre tout et contre tout le monde. C’est rarement vu comme quelque chose de positif.

Par hasard, chez une amie, je suis tombée sur une autre vision. Elle possède une édition du jeu de tarot Zen de Osho. En tirant une carte, je suis tombée sur celle du rebelle. C’est la quatrième arcane majeure, qui dans le tarot traditionnel est la carte de l’empereur. Le petit livret d’explication qui venait avec les cartes, disait, entre autres que:

“L’être accompli est l’étranger le plus frappant dans ce monde. Il semble n’appartenir à rien ni à personne. Aucune organisation, aucune société et aucune nation ne peut l’influencer”

Je ne me sens absolument pas “accomplie” ni quoi que ce soit de ce genre! Par contre, je dois bien constater que je suis ainsi faite que je ne rentre dans aucune case préexistante. J’ai cherché ma place dans de nombreux lieux et groupes et, où que j’arrive, je me suis toujours sentie en porte à faux. Pour moi les choses sont “différentes”, “pas aussi simples”, “plus complexes”, etc. Et je connais un certain nombre de personnes qui se sentent dans le même cas de figure.

Pour moi, ne rentrer dans aucune case, ça n’est pas du tout la même chose que d’être en révolte permanente. Pour autant, cela n’est pas nécessairement confortable, loin de là.

Comme les autres êtres humains, j’ai besoin de me sentir appartenir à un groupe ou à un clan. Ne rentrer dans aucune case, c’est me sentir n’être nulle part vraiment à ma place et je dois assumer la solitude qui va avec. L’assumer n’est pas toujours facile ni agréable.

Quand, pour soi, “c’est différent”, “plus compliqué”, les réponses des autres, qu’il s’agisse de spiritualité, de développement personnel, du sens de sa propre vie, de sa manière d’être au monde, etc, n’ont que peu de pertinence. Comme pour les autres personnes qui sont dans ce genre de parcours de vie, je me dois de trouver mes propres réponses et de faire mon propre chemin.

Cela peut avoir des côtés très stimulant que de trouver sa propre route dans la vie, cela peut l’être encore plus quand elle nous est vraiment adaptée. Mais cela demande là encore d’assumer une part certaine de solitude. Cela peut aussi demander d’assumer une grande part de distance voire de rejet de la part de la majorité des autres pour qui “tout tourne rond”, et qui trouve son confort en suivant le chemin et le parcours de vie de son entourage.

Comme les autres personnes atypiques, je suis confrontée à ma propre acceptation (ou non) de ma différence et de mon parcours de vie. Il me faut intégrer d’une manière où d’une autre que je vis dans un monde dans lequel je suis une bête curieuse aux yeux des autres, et qui plus est pas bien adaptée. Etant par exemple, une personne douée d’une très grande sensibilité, la dureté du monde du travail actuel m’est proprement insupportable et me rendre la vie difficile.

Bien sûr que de développer et d’utiliser au maximum mes ressources, de me créer un réseau de proches respectueux et bienveillants, de me trouver un job plus ou moins supportable m’aide à rendre la situation aussi vivable que possible. Mais elle a une dimension existentielle qui demeure malgré tout. “Qu’est-ce que je fais sur cette f… planète?”, “pourquoi moi? Je n’ai strictement rien demandé de tel!”, etc.

Que faire? Comment vivre en paix malgré cette douleur existentielle? A défaut d’une recette magique, j’en suis à prendre acte que, “oui, c’est ainsi”, que la vie dans la société a laquelle j’appartiens à des moments affreux, qu’avec ma sensibilité et mon éthique j’en prends régulièrement plein la figure, que de faire face aux aspects mortifères de ce quotidien me consomme une énergie énorme, que je ne suis pas adaptée à cette planète et encore moins à la société humaine qui m’entoure. Prendre acte est important pour moi. Ca me pose. Cela m’aide aussi à moins me débattre ce qui me consomme aussi beaucoup d’énergie. Cela m’aide encore à revenir à ma source intérieure, à me centrer sur ce qui m’est essentiel et qui nourrit ma vie. Mais cela reste une lutte de tous les jours.

Annie Oakley – Hommage à une femme de légende et à une grande guerrière

 

"Annie Oakley c1880" by Baker Art Gallery - Heritage Auction Gallery. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Annie_Oakley_c1880.jpg#mediaviewer/File:Annie_Oakley_c1880.jpg
« Annie Oakley c1880 » by Baker Art Gallery – Heritage Auction Gallery. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons –

Le 3 novembre 2016, cela fera 90 ans que Annie Oakley ((1),(2)), surnommée « Little miss sure shot », est décédée. Elle est non seulement une femme de légende de l’histoire américaine, mais aussi une pionnière du féminisme et une guerrière qui a réussi à être adulée par le public de son temps. C’est un résultat d’autant plus impressionnant que, aujourd’hui encore, nombre d’entre elles dérangent fortement de par leur simple existence.

Annie Oakley est née en 1860, la sixième d’une fratrie de 7, dans une région rurale à la frontière ouest de l’Ohio, dans le comté de Drake. Elle est venue au monde au sein d’une famille modeste, qui tentait de vivre de l’agriculture. Son père est mort quand elle avait 6 ans. A neuf ans, elle a été placée durant deux ans dans une autre famille pour prendre soin des enfants de cette dernière. Elle y a vécu deux ans d’esclavage et subi d’innombrables maltraitances mentales et physiques.

De retour dans sa famille, elle a pris le fusil de son père et s’est mise à chasser. En vendant les produits de son activité, elle réussit à rembourser les dettes de sa mère et à payer la petite maison dans laquelle ils vivaient. Inutile de dire qu’elle s’est bâtie une réputation de tireuse et de chasseuse des plus habiles.

En 1875, Frank Butler, un showman de l’époque, a fait un pari à Cincinatti selon lequel il pouvait battre toutes les fines gâchettes de la région. C’est Annie Oakley, alors âgée de 15 ans, qui s’est présentée. Elle l’a battu après que Frank Butler ait raté son 25ème coup.

Franck Butler a courtisé la jeune Annie Oakley et ils se sont mariés en 1876. Annie Oakley a alors commencé une nouvelle vie, dans laquelle trois dimensions se marquent plus particulièrement.

Elle fut une épouse prenant grand soin de préserver les apparences d’un couple de l’époque victorienne. Mais, dans la mesure où ils n’eurent pas d’enfant et où Annie Oakley n’a jamais sacrifié sa carrière à celle de son mari, il s’agissait en partie en tout cas d’apparences (au vu des standards de l’époque).

Elle a créé un show avec son mari dans lequel ils faisaient tous deux un spectacle basé sur leurs prouesses au tir. En 1885 Tous deux rejoignent le cirque de Bufallo Bill ou elle rencontra une autre femme de sa tempe, Lillian Smith (3). Son habileté au tir est restée légendaire. En plein vol, elle était capable de couper des cartes en deux, tout comme de percer des pièces de monnaies. Elle pouvait aussi couper des cigarettes aux lèvres de son mari ou éteindre des bougies placées derrière elle! Suite à un accident de train, elle réduisit son activité à partir de 1902, mais sans l’interrompre complètement. Elle fit sa dernière performance en 1924, 2 ans avant sa mort (en 1926). Ses performances furent si fameuses, que, près de 90 ans après son décès, Marlin, le fabriquant de ses carabines vend encore ces dernières en faisant référence à Annie Oakley.

Elle fut aussi une pionnière du féminisme. Elle affirmait publiquement que les femmes devaient non seulement avoir le droit de vote, mais qu’elles devaient tout autant pouvoir accéder aux plus hautes responsabilités politiques et économiques. Elle considérait que les femmes devaient savoir se défende par elle-même et elle a formé plus de 15’000 femmes au tir. Elle considérait que les femmes devaient pouvoir participer à la guerre et elle a proposé d’équiper et d’armer une compagnie de tireuses d’élite lors de la guerre américano-espagnole de 1898. Son offre ne fut pas acceptée.

"Annie Oakley by Baker's Art Gallery c1880s-crop" by Baker's Art Gallery, Columbus, Ohio - Heritage Auctions. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Annie_Oakley_by_Baker%27s_Art_Gallery_c1880s-crop.jpg#mediaviewer/File:Annie_Oakley_by_Baker%27s_Art_Gallery_c1880s-crop.jpg
« Annie Oakley by Baker’s Art Gallery c1880s-crop » by Baker’s Art Gallery, Columbus, Ohio – Heritage Auctions. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons –

Avec des positions aussi affirmées, elle aurait pu et du se faire très mal voir. Les femmes d’aujourd’hui qui s’engagent dans une armée et se retrouvent au front sont loin d’avoir une vie facile. Elles doivent faire face aux duretés du combat. Mais, surtout, la légitimité de leur place est sans cesse remise en cause de tous côtés. Par chance pour Annie Oakley, ce genre de réaction ne l’a pas empêchée de faire son chemin.

Ce qui, aux yeux du grand public peut paraître comme un parcours de vie tout à fait exceptionnel qui n’a été vécu que par un tout petit nombre de femmes est, en fait, beaucoup plus fréquent, ancien et universel que cela.

C’est en lisant Bonnie Bulloug et Vern Bulloug (10), il y a des années ce cela, que j’ai appris que, de tous temps, des femmes se sont engagées comme marin ou comme soldat, qu’elles ont parcouru le monde et et qu’elles ont fait la guerre au côté des hommes. On retrouve des traces de telles histoires jusque dans la plus haute antiquité et dans toutes les civilisations. Les livres d’histoire officiels sont des plus discrets sur ce sujet et il faut chercher l’information. Mais les plus célèbres d’entre elles, les reines et les princesses, ont laissé des traces visibles. Après tout, quant on s’appelle Catherine de Russie, personne ne se risque à critiquer votre comportement trop ouvertement! Quand on est une femme du peuple, c’est beaucoup plus compliqué.

Néanmoins, certaines ont réussi à devenir des légendes. C’est le cas d’Annie Oakley et de Calamity Jane. C’est aussi le cas de Jeanne d’Arc, de Tomoe Gozen, de Nakano Takeko, de Rani Lakshmibai, de Lozen, Jennie Irene Hodges, James Miranda Stuart Barry, de Dahteste et de tant d’autres qui ont laissé des traces plus discrètes.

Les guerrière dérangent. Non seulement elles font une très grosse tache dans l’ordre patriarcal, Mais certaines féministes ont aussi beaucoup de mal avec elles. Moira Sauvage, l’auteure d’un des très rares ouvrages de langue française sur ce sujet (18) a de l’admiration pour les femmes qui luttent pacifiquement, tout comme elle, pour des causes humanitaires. Mais elle devient très mal à l’aise face à des femmes qui osent prendre les armes et qui l’assument.

De ce fait, la littérature à leur sujet est réduite. Il m’a fallu des décennies pour constituer la petite bibliographique qui figure ci-dessous. Il y a peu d’ouvrage de niveau universitaire et la plupart sont bien sûr l’oeuvre de femmes. Les livres sont publiés par des maisons d’édition peu connues et sont difficiles à trouver quand ils ne sont pas épuisés et disponibles uniquement en occasion.

La réaction du public à l’égard de ces livres est aussi très instructive. C’est ainsi que des internautes vont reprocher à des ouvrages « grand public » sur ce sujet de ne pas être bardés de justifications et de notes comme un ouvrage universitaire. Le double standard est à nouveau la règle dans les réactions aux éléments qui sont présentés. Quand, par exemple, dans une tombe, on trouve un homme enterré avec une épée, il ne viendra à personne l’idée de douter que cette dernière est un signe de pouvoir et de combativité. Quant on trouve une femme enterrée avec une épée, la même interprétation est alors violemment contestée! Comme s’il fallait prouver qu’elle n’avait pas servi pour du crochet…..

Il se trouve que je suis une guerrière et que je ressens une solidarité, une sororité avec nombre d’autres guerrières que j’ai croisé dans ma vie. Il se trouve aussi que, sans qu’elles aient pris les armes, nombre de femmes ont du faire face à une telle adversité dans leur vie qu’elles sont au minimum de sacrées lutteuses, si ce n’est des guerrières elles aussi.

Je crois aussi que, armées ou non, les guerrières ont une place précieuse, voire sacrée, sur cette terre. Elles s’opposent au patriarcat et lui posent des limites. Elles s’opposent, souvent au péril de leur vie, à toutes formes d’oppressions. Elles rappellent que les femmes ont une force, une capacité de s’affirmer et dans certains cas de s’imposer.

Il me semble que, dans cette époque particulièrement troublée, elles ont une place encore plus importante. Elles font partie des rares personnes qui osent se lever et lutter contre la toute petite minorité de sociopathes qui a décidé de mettre l’humanité en la Terre Mère en coupe réglée. Parmi elles, il y a des femmes assez rassembleuses pour sortir des populations entières de leur apathie et de les mobiliser.

J’ai à coeur de leur rendre hommage.

Bibliographie au sujet de Annie Oakley

(1) Annie Fern Swartwout, The Life and Times of Annie Oakley, Coachwhip Publications, 2013

(2) http://en.wikipedia.org/wiki/Annie_Oakley

(3) http://en.wikipedia.org/wiki/Lillian_Smith_(trick_shooter)

(4) http://www.biography.com/people/annie-oakley-9426141#synopsis

(5) http://www.historynet.com/annie-oakley

(6) http://www.pbs.org/wgbh/americanexperience/features/biography/oakley-annie/

(7) http://www.pbs.org/wgbh/americanexperience/features/biography/oakley-butler/

(8) http://www.pbs.org/wgbh/americanexperience/features/introduction/oakley-introduction/

Bibliographie au sujet des femmes guerrières

(9) Sophie Cassagnes.Brouquet, Chevaleresses – une chevalerie au féminin, Perrin, 2013

(10) Bonnie Bullough, Vern L. Bullough, Cross Dressing, Sex, and Gender, Univ of Pennsylvania Press, 1993

(11) Ellen C. Clayton, Female Warriors: Female Valour and Heroism (Vol. 1): The Mythological Ages to the Present Era, CreateSpace Independent Publishing Platform 2013

(12) Ellen C. Clayton,  Female Warriors: Memorials of Female Valour and Heroism (Vol. 2): Mythological Ages to the Present Era, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2013

(13) Jeannine Davis-Kimball, Mona Behan, Warrior Women: An Archaeologist’s Search for History’s Hidden Heroines, Warner Books, 2003

(14) David E. Jones, WOMEN WARRIORS (M): A History, Potomac Books Inc., 2005

(15) Adrienne Mayor, The Amazons: Lives and Legends of Warrior Women across the Ancient World Princeton University Press, 2014

(16) Lindsay McCrum, Chicks with Guns, Thames & Hudson, 2011

(17) Jessica Amanda Salmonson,The Encyclopedia of Amazons: Women Warriors from Antiquity to the Modern Era,Universal Sales & Marketing, 1991

(18) Moïra Sauvage, Guerrières ! : A la rencontre du sexe fort, Actes Sud, 2012

(19) Hannah Snell, The Female Soldier: Two Accounts of Women Who Served & Fought as Men, Leonaur Ltd, 2011

(20) Lyn Webster Wilde, On the Trail of the Women Warriors: The Amazons in Myth and History,Thomas Dunne Books, 2000

(21) Julie Wheelwright, Amazons and military maids, Pandora Press, 1989

(22) R.L. Wilson, Silk and Steel: Women at Arms, Random House, 2003

 

 

 

 

 

Enfant doué, enfant indigo, Deux noms différents pour un même type de parcours de vie?

Czarky.gif, wikimedia commons
Czarky.gif, wikimedia commons

 

Dans son tout premier ouvrage(*), la psychothérapeute Alice Miller a utilisé l’expression « d’enfant doué » pour décrire les enfants particulièrement sensibles, perceptifs, relationnels, intuitifs et pour parler des difficultés qu’ils rencontrent dans la vie. En gros, être un enfant doué, signifie avoir toutes les chances de souffrir particulièrement d’un environnement familial non respectueux, abusif, maltraitant, carencé, voire pire encore. Devenus grands, ces enfants continuent à vivre avec une sensibilité toute particulière les coups de la vie qui sont loin de se réduire à l’âge adulte.

Si Alice Miller s’est essentiellement centrée sur la maltraitance et sur ses conséquences, d’autres personnes ont parlé de parcours de vie comparables, en désignant les personnes concernées de « sur-efficients mentaux » (**), de « hauts-potentiels », etc. Ces deux descriptions ont en commun qu’elles parlent du parcours de vie de personnes particulièrement sensibles et réceptives. Les auteur-e-s de ce deuxième courant constatent également que la vie n’est pas évidente pour ces personnes et que l’acuité de leur conscience fait qu’elles ressentent très fortement les épreuves qu’elles traversent. L’une de ces auteures a d’ailleurs intitulé son ouvrage « Trop intelligent pour être heureux? » (***). Personnellement, j’apprécie tout particulièrement la description de Christel Petitcollin qui me semble quasiment écrite de l’intérieur.

Je me reconnais assez facilement dans ces deux descriptions. Il en existe une troisième, celle « d’enfant indigo », d’origine beaucoup plus ésotérique. D’autres la décriront infiniment mieux que je ne saurais le faire, je m’en abstiendrais donc (votre moteur de recherche préféré vous renseignera très facilement). Comme elle me laissait très mal à l’aise, je suis restée à distance de cette dernière pendant des années.

Ce qui me dérange le plus dans la description des personnes dites « indigo », c’est «l’intentionnalité», i.e. «être venue sur terre délibérément et dans le but de réaliser un parcours particulier», souvent très difficile et douloureux. C’est comme s’il y avait des êtres à la fois intelligent et sensibles qui seraient capables de choisir de venir délibérément au monde dans des environnements gravement maltraitants, abusifs, carencés, de subir des conditions de misère matérielle et affective terrible leur garantissant une vie extrêmement difficile et douloureuse, d’enfant maltraité, puis d’adulte traumatisé et prisonnier de son passé, de femme abusée et battue voire pire encore. Désolée, ca ne passe pas et je récuse la vision du monde selon laquelle « il n’y aurait pas de hasard ». En tout cas moi, je ne me reconnais pas là dedans. En fait, il est absolument clair pour moi que je ne veux pas être là (dans cette existence) et c’est ainsi, point.

Suite à un concours de circonstances, je suis tombée sur un site décrivant quelque chose de plus concret, de plus palpable et surtout de plus acceptable pour moi (****). Ce site décrit les personnes dites indigo à partir de 8 besoins fondamentaux et de 25 caractéristiques principales. En les parcourant, je me suis rendu compte que je me sens correspondre à tous les besoins fondamentaux listés (vivre ma vérité intérieure, être intègre, vivre dans la congruence, servir, vivre libre, aimer, avoir besoin d’harmonie et harmoniser et exprimer ma propre forme de reliance), mais pas toujours de la manière décrite. Mon expérience de «plus grand que moi», par exemple, n’est pas démonstrative. Je ressens cette dimension dans certaines de mes intuitions, dans la Présence silencieuse que je peux percevoir tout au fond de moi, dans des signes très discrets, dans la manière dont je peux prendre soin de mes proches. Tout cela n’a absolument rien de spectaculaire. Il en va de même pour le reste. Je me retrouve également dans au moins 20 des 25 caractéristiques principales listées sur ce site. Je me suis rendue compte que je me retrouve devant une description qui me correspond assez bien.

Se pourrait-il qu’il s’agisse de moi? Se pourrait-il que cette catégorie ait quand même un sens?

Dans un premier temps, je n’étais pas très à l’aise avec cette éventualité. Mon côté « carrée », scientifique, ne s’y retrouve pas. Dans un deuxième temps, en observant ma dynamique de vie concrète, je dois bien admettre que je me retrouve dans une bonne part de la description concrète des personnes indigo que j’ai trouvée sur ce site. Que je sois venue au monde dans le but d’agir dans ce sens ou pas, en pratique j’agis dans le même sens que les personnes qui y sont décrites. Même le faire à ma manière et y mettre mon grain de sel fait partie de la description! Est-ce que le reste ne serait pas qu’une question de rhétorique ou de vision du monde?

Là où cela me semble important au delà de ma personne, c’est que ces trois descriptions indépendantes provenant de personnes et d’époques différentes convergent (sans être identiques, bien sûr). Cela est pour moi le signe que les personnes douées, sur-efficientes,  indigo sont plus nombreuses que dans le passé et que leur présence devient visible, au point qu’il existe une petite littérature à leur sujet. Alors que je me suis longtemps sentie seule au monde avec ma différence, je rencontre de plus en plus de personnes dans mon entourage qui se reconnaissent dans au moins un de ces trois termes. C’est pour moi le signe d’un changement.

A l’heure d’internet, des blogs et des réseaux sociaux, les personne au parcours de vie atypique ne sont plus condamnées à rester seules dans leur coin. Il est aujourd’hui possible à chacun-e d’entre nous d’exprimer sa part de « parole sacrée ». Il est aussi possible d’aider à créer un réseau de relations, de connexions, de partages d’expériences qui permettront aux enfants doués de partager leurs expériences de vie. Ce faisant, il sera important d’éviter « d’entrechoquer trop souvent des tubes de nitroglycérine », pour reprendre l’expression de Christel Petitcollin. Il est aussi important d’en faire un partage d’expériences positives de vie qui stimule le chemin de chaque personne plutôt qu’un partage de mal-être qui serait un vrai poison (et ne ferait que reproduire ce que les personnes vivent déjà dans leur quotidien).

Qu’est-ce qui peut en sortir? Je n’en sais humblement rien. Je sais juste que trop d’enfant doué-e-s vivent très difficilement leur vie. Je sais aussi que nombre d’entre eux souffrent, beaucoup, de ne pas pouvoir exprimer cette part d’essentiel qu’ils portent qu’ils ont envie d’offrir au monde. Et j’ai envie d’essayer.

(*) [Miller, 2012] Alice Miller, Le drame de l’enfant doué, PUF,  2012 (pour l’édition actuelle)

(**) [Petitcollin, 2010] Christel Petitcollin, Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel, 2010

(***) [Siaud-Facchin, 2008] Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux? L’adulte surdoué, Odile Jacob, 2008

(****) Voir : http://www.lousonna.ch/999/sindigo.html

 

Questions existentielles et spirituelles

Agathla Peak, Monument Valley
Agathla Peak, Monument Valley

 

La dimension de «plus grand que soi» de chaque personne lui est propre et très intime. Il me semble cependant qu’un point qui peut réunir la grande majorité des enfants doués est qu’ils sont dans l’impossibilité de se satisfaire de vérités imposées de l’extérieur et qu’il-elle-s recherchent en eux-mêmes leurs propres réponses aussi singulières soient elles.

Il est possible que certaines de mes propres réponses puissent être pertinentes pour d’autres. C’est pourquoi je les propose ici, ne serait-ce que pour qu’elles aident d’autres à trouver les leurs.

Il existe dans la nature une forme d’indétermination liée aux lois qui la gouvernent (*). Ces lois nous influencent aussi, en ce sens que je ne crois pas qu’il y ait une intention ou une finalité derrière le fait qu’un être naisse handicapé, dans une famille maltraitante ou avec quelque autre particularité. Les lois de la nature ne sont ni déterministes ni essentialistes. Ce sont nos visions de cette dernière qui le sont.

Je ne crois pas à la prédestination et je suis intimement convaincue que, malgré tous les déterminismes qui influent sur nous, nous avons une part de liberté de choix. De l’interaction de nos libertés individuelles naît nécessairement une part de hasard (d’indétermination) dans nos vies. Nous ne sommes pas sur des rails et les autres ont une existence propre, ils ne sont pas là que pour jouer un rôle ou un autre dans nos vies.

Face à certaines formes de la condition humaine, il est tout simplement naturel et légitime d’être révolté-e et en colère contre la vie. Il y a des sorts qui sont totalement insupportables et il est entièrement légitime et honorable que des personnes mettent toute leur énergie à les corriger.

A mes yeux, les formes de spiritualité patriarcales traditionnelles, encore très largement majoritaires sur cette planète, sont en train de montrer leurs limites. Profondément non respectueuses et toxiques, elles sont dans l’incapacité de répondre aux quêtes de sens de personnes qui ne se laissent plus mettre en esclavage pour servir des pouvoirs religieux qu’elles ne reconnaissent plus comme légitime. Ce mouvement est très lent, plus visible en occident qu’ailleurs, mais présent partout.

Les êtres humains sont en train de se chercher. Mais, quelles que soient les formes de nouvelles expériences spirituelles, pour être vivantes, fécondes et durables, elles se doivent d’accompagner les personnes dans la découverte et le déploiement de leur propre part de «plus grand qu’elles» plutôt que de vouloir leur imposer un paquet de l’extérieur. Elles se doivent aussi de respecter et d’inclure les formes d’expérience spirituelles féminines(**), de même que celles de toutes les personnes qui sont «atypiques» à un titre ou à un autre. Plutôt que d’isoler les personnes et de les rendre dépendantes d’une puissance à laquelle elles devraient tout (***), elles se doivent de les aider à se relier à la nature, aux autres êtres vivants, à leurs proches et à tout ce qui peut les guider dans leur parcours. Elles se doivent de respecter et de valoriser pleinement l’autonomie des personnes, y compris par rapport à leur part «institutionnelle». Il y a encore beaucoup de chemin à faire!

(*)En gros, ce qu’on appelle les mathématiques du chaos

(**) Voir, par exemple:

[Bolen, 2002] Jean Shinoda Bolen, Goddesses in Older Women: Archetypes in Women over Fifty, Harper Perennial, 2002

[Bolen, 2004] Jean Shinoda Bolen, Goddesses in Everywoman: Powerful Archetypes in Women’s Lives, Conari Press, 2004

[Gange, 2002] Françoise Gange, Les Dieux menteurs, Renaissance du livre, 2002

[Gange, 2006] Françoise Gange, Avant les Dieux, la Mère universelle, Editions Alphée, 2006

[Gange, 2007] Françoise Gange, Le viol d’Europe ou le féminin bafoué, Editions Alphéé, 2007

[Gimbuntas, 2005] Marija Gimbuntas, Le langage de la déesse, Editions des femmes, 2005

[Redmond, 1997] Layne Redmond, When the Drummers Were Women: A Spiritual History of Rhythm,
Three Rivers Press, 1997

[Schaefer, 2006] Carol Sachefer, Grandmothers Counsel the World: Women Elders Offer Their Vision for Our Planet, Trumpeter, 2006 (traduit chez Véga en 2012)

[Tedlock, 2005] Barbara Tedlock, The Woman in the Shaman’s Body: Reclaiming the Feminine in Religion and Medicine, Bantam, 2005

(***) Représenté par un dieu à la Zeus, derrière lequel se cache une institution patriarcale