Il existe toutefois une autre méthode, potentiellement plus accessible, à savoir recourir à un médium particulièrement talentueux et qui est en mesure d’apporter des preuves indiscutables de ce qu’il ou elle rapporte. C’est la voie suivie par une organisation américaine de parents ayant perdu des enfants, qui a pour nom « helping parents heal » (« aider les parents à guérir leurs plaies »).
L’approche a ceci de particulier et de délicat que des parents en deuil ont absolument besoin de la certitude que la personne qu’ils consultent est non seulement très sérieuse mais que les éléments qu’il ou elle leur rapporte prouvent au-delà de tout doute raisonnable qu’ils proviennent de leurs enfants, au point qu’il n’y a pas d’autre explication logique. En d’autres termes, on ne peut pas prendre le risque de se moquer de personnes qui sont dans un état de très grande vulnérabilité.
A cet effet, Mark Ireland, un des fondateurs de cette organisation a entrepris de développer un programme de certification des médiums, qui puissent attester de leur sérieux et de la qualité de leurs résultats. Inspiré de celui du Windbridge Institute, ce programme est particulièrement exigeant et il est décrit entre autres, dans la vidéo ci-dessous, où la médium Suzanne Giesemann interviewe Mark Ireland
On notera également au passage qu’un certain nombre de médiums certifiés qui offrent leurs services à cette organisation ont perdu un enfant, ce qui les rend particulièrement sensibles aux spécificités et aux besoins des parents en deuil. C’est clairement le cas de Suzanne Giesemann.
Qu’on recoure à une communication induite avec un enfant décédé ou qu’on passe par un médium, l’effet est le même et il est très puissant. Les parents qui ont la certitude d’avoir pu entrer en contact avec leur enfant sont en mesure de digérer et d’intégrer le décès de leur enfant beaucoup plus vite qu’avant d’avoir pu entreprendre cette démarche. Cela ne rend pas leur quotidien idyllique pour autant, mais cela permet de débloquer une situation qui était bloquée, parfois depuis des années.
Helping Parents Heal est une organisation essentiellement américaine avec quelques groupes affiliés sur le réseau de la planète, dont un en Suède et un autre en Grande Bretagne. A l’ère d’Internet, il est aussi possible de faire des consultations avec une personne à l’autre bout de la planète et cela se fait de plus en plus. Sans investir l’énergie nécessaire pour créer une organisation comparable dans les pays d’Europe francophone, il est au moins possible de s’inspirer de leur méthode et de se mettre à la recherche dans sa région d’un-e médium qui puisse répondre à la même exigence de qualité quant à ses résultats. Cela peut être très utile pour des personnes qui ont de grandes difficultés à intégrer le décès d’un être proche et cela peut leur donner une toute autre perspective sur la vie.
Dans le regard du grand public, tout ou presque sépare la psychothérapie de la médiumnité.
L’une est une affaire sérieuse et réglementée effectuée par des personnes ayant un long cursus de formation. Par ailleurs, leur cursus ne laisse souvent que très peu de place aux questions existentielles et/ou spirituelles des personnes qu’elles seront appelées à aider.
L’autre est réalisée par des personnes qui viennent d’on ne sait où, qui ont des pratiques qui semblent bizarres et en qui on ne sait pas trop si on peut leur faire confiance.
Leur seul point commun semble être qu’une grande partie de la population a beaucoup de mal à franchir le pas de demander à se faire aider, ceci même quand les personnes vivent de très grandes difficultés.
En fait, ces deux pratiques sont plus proches que ce que les apparences laissent croire. Les psychothérapeutes Allan Botkin et Evelyne Josse l’ont amplement démontré en développant indépendamment l’un de l’autre des techniques de contacts induits avec les défunts, qui permettent aux personnes qui les consultent de dénouer des situations très douloureuses et bloquées, parfois depuis très longtemps.
Dans son ouvrage, elle mentionne une différence essentielle entre ses deux pratiques. En tant que psychothérapeute, elle est l’alliée de sa cliente ou de son client et elle est à l’écoute de sa parole. En tant que médium son mandat est de transmettre fidèlement et rigoureusement la parole des défunts qui se présentent. Le centre de l’attention n’est pas le même. Si, dans de très nombreuses situations, ces contacts permettent de dénouer des situations très douloureuses et bloquées, il peut aussi se produire que le défunt ait des propos très dérangeants pour la personne qui vient consulter. Allan Botkin a quelques exemples très significatifs de cas de cet ordre.
Elle mentionne aussi de très nombreuses résonances ou synergies entre les deux pratiques:
Les deux approches permettent de restaurer des liens, mais pas à n’importe quel prix
Les deux approches ont un pouvoir de transformation durable
Les deux approches visent la guérison de la personne
Dans les deux approches, les pensées et les émotions de la personne qui consultent jouent un rôle central
Les deux approches impliquent une collaboration entre deux personnes
Les deux approches peuvent permettre d’apaiser des situations où la personne se reproche fortement ses propos ou ses actes
Les deux approches ne peuvent fonctionner que s’il y a une très grande confiance entre la personne qui vient consulter et celle qui consulte
Les deux approches nécessitent d’être prêt-e à faire avec l’incertitude et des choses qui ne se déroulent pas du tout comme prévu
Dans les deux approches, le fait d’être (hyper-)sensible est un grand atout
Dans les deux approches, l’intuition joue un rôle essentiel
Même si les deux pratiques sont différentes, toutes deux peuvent contribuer à l’apaisement et à la guérison de personnes en grande souffrance. Elles peuvent aussi contribuer à répondre aux questions existentielles de personnes pour qui lesdites questions sont fondamentales. In fine, les résonances sont peut-être bien plus nombreuses et plus fortes que les divergences.
Les personnes que cela intéresse peuvent découvrir Brigitte Favre dans un excellent interview de l’animateur de la chaîne Youtube Lueur:
Interview de Brigitte Favre sur la chaîne Youtube Lueur
Dans son ouvrage et dans cet interview, Brigitte Favre insiste aussi sur le fait que la médiumnité fait l’objet m’abondantes études scientifiques et depuis des décennies. Les personnes qui contestent sa légitimité au prétexte que ce serait une pratique « fumeuse » qui n’aurait d’ailleurs jamais fait l’objet d’études peuvent entre-autres se voir opposer les sources de références ci-dessous:
Le Windbridge Research Center en Arizona a été fondé en 2017. Financé par des fonds fédéraux US, il effectue des recherches sur la médiumnité afin de publier ses recherches. Il a ceci de particulier qu’il travaille sur un petit nombre de médiums préalablement sélectionnés pour leurs résultats exceptionnels.
La Society For Psychical Research a été fondée en 1882 en Grande Bretagne, Elle existe toujours et elle étudie la médiumnité depuis sa création. Fondée initialement pour prouver que la médiumnité était une escroquerie, ses membres ont été forcés de constater que certains médiums font exactement ce qu’ils disent et qu’ils ont des résultats plus qu’étonnants. Ses archives et sa bibliothèque de publications sont fort intéressantes.
Au travers de ses propres pratiques et de par ses écrits, Mme Favre apporte des réponses importantes aux questions de personnes qui se demandent quoi croire entre les tenants d’un matérialisme dogmatique et ceux qui constatent que l’expérience concrète nous donne une toute autre image de la vie.
Les contacts spontanés avec les défunts sont nombreux, mais ils ne sont pas systématiques, loin de là. Quand ils ne se produisent pas, le deuil peut être particulièrement difficile à vivre, voire traumatique. Les cas de vétérans bloqués dans des drames qu’ils n’arrivent pas à digérer des décennies après les avoir vécus sont connus et nombreux. Les parents qui perdent un enfant ont aussi, très souvent d’immenses difficultés à faire le deuil de ce dernier et ceci même des années après de décès de leur enfant.
Ça s’est produit un peu « par hasard » mais des thérapeutes ont trouvé des solutions à ces situations qui, sans cela, sont complètement bloquées et terriblement handicapantes pour les personnes qui les subissent.
L’un d’entre eux est le Dr. Alan Botkin. Psychologue de formation comportementalisme, il s’est retrouvé engagé dans un centre médical s’occupant de vétérans de l’armée américaine. Il a été confronté au fait que sa formation et ses outils ne lui étaient d’aucune aide pour porter assistance à ses patients, souvent en très grande souffrance. Ayant entendu parler de l’EMDR, il s’y est formé et a eu de bien meilleurs résultats.
Il raconte lui-même, que, un peu par hasard, il a, sans le vouloir, un peu modifié le protocole de base l’EMDR qu’il employait avec l’un de ses patients. Quelque chose de stupéfiant et de totalement imprévu s’est alors produit. Le patient qu’il avait en face de lui a alors gardé le silence, puis a commencé à parler en lui décrivant qu’il voyait revenir à lui la personne qu’il avait perdu quelques décennies plus tôt, dans des circonstances dramatiques. Cette personne lui signifiait qu’elle allait bien, qu’il était en paix et qu’il pouvait continuer sa vie. A la suite de cette seule expérience, le deuil de cette personne a été résolu.
Cette issue était stupéfiante et totalement surprenante. Le Dr. Botkin ne savait trop que croire. Il a fait le choix d’essayer de comprendre par lui-même ce qui se passait en expérimentant . Il a alors proposé à d’autres patients qui se trouvaient dans la même situation d’essayer son protocole modifié. Le résultat s’est reproduit. Il était rarement nécessaire de faire une deuxième séance, mais tous ses patients se retrouvaient en contact avec la personne perdue et arrivaient à résoudre leur deuil.
Constatant qu’il y avait quelque chose à partager et à creuser, il a commencé à en parler à une première collègue de la même institution qui a pu reproduire ses résultats. De son côté, il s’est mis à expérimenter dans sa pratique privée avec des personnes qui n’étaient pas de vétérans et il a continué à avoir les mêmes résultats avec des personnes qui traversaient des deuils extrêmement douloureux et irrésolus.
Le reste a fait l’histoire. Le Dr Botkin a pu publier ses travaux et ils font date. Notons en particulier deux publications accessibles librement dans le « Journal of Near Death studies » ( en 2000 (1) et 2013 (2)).
Le Dr Botkin a également rédigé un ouvrage de vulgarisation, qui est traduit en français.
Avec le temps, on a vu apparaître des publics nouveaux. En plus de personnes n’arrivant pas à sortir de deuils extrêmement douloureux, sont apparues des personnes curieuses ou très désireuses de contacter un défunt, mais plus dans le deuil. Avec ces personnes, les résultats sont plus mitigés. Il semble que des attentes, parfois très fortes, bloquent le processus et qu’il est absolument indispensable de lâcher totalement prise pour que le contact avec la personne défunte puisse avoir lieu.
Les thérapeutes ont également observé que ces contacts permettaient des pardons et des réconciliations dans des situations qui restaient irrésolues du vivant de la personne décédées. L’auteur décrit entre autres les excuses de nombreux défunts ayant abusé sexuellement de la personne qui consulte. Il décrit aussi des cas où les défunts n’ont pas leur langue dans leur poche et où ils s’expriment paisiblement mais très clairement envers un vivant qui, selon eux ne se comporte pas correctement envers une autre personne.
Non seulement le Dr. Botkin constate le caractère hautement thérapeutique de ces contacts induits avec les défunts, mais (contrairement à Mme Elsaesser) il s’engage fermement sur le fait que ces contacts sont véridiques. Pour ce faire, il s’appuie sur toute une série de cas particuliers (décrits dans son livre) pour lesquels cette affirmation est de très loin l’explication la plus simple (« No other explanation » comme dirait la médium Suzanne Giesemann).
Ceci est d’autant plus remarquable que, quand il s’est formé à la psychologie, le Dr. Botkin avait une vue purement matérialiste de la vie. Il adhérait complètement à l’affirmation selon laquelle ce serait le cerveau qui créerait la conscience et que cette dernière cesserait d’exister à la mort. Ce sont les expériences induites de contacts avec les défunts que ses patients ont vécu qui ont progressivement transformé sa vision de la vie et de la conscience humaine. Il en va de même pour un grand nombre desdits patients. Dans son livre il indique que très peu de ces derniers ont durablement considéré leur expérience comme une illusion produite par leur cerveau.
Ils permettent aussi aux personnes de faire directementADC l’expérience du contact avec le défunt avec lequel ils ont besoin d’entrer en relation. Pour certaines personnes, c’est essentiel.
L’Internal Family System (ou IFS, ou encore « système de famille intérieur » en français) a été introduit dans les années 80 par le psychiatre Richard Schwartz et quelques collègues.
Né en 1949, Richard Schwartz a été l’un des pionniers de la thérapie de famille ((1), (2)). L’IFS est née de ses investigations à la suite de situations où la thérapie de famille semblait ne pas fonctionner. Il a maintenant quitté le monde académique pour créer l’IFS institute afin de promouvoir l’IFS.
L’IFS postule ou observe que l’esprit est constitué de nombreuses parties intérieures ainsi que d’un centre intérieur appelé le Self. Ces parts intérieures sont douées d’autonomie et se comportent comme les membres d’une famille. A ce titre, elles peuvent entrer en conflit les unes avec les autres et adopter des positions extrêmes, potentiellement dommageables. L’IFS observe également que, quels que soient les actes, les parties intérieures ont toujours des intentions positives. Plutôt que de tenter de les éliminer ou de les forcer à se soumettre à une volonté autre, Les principes de la thérapie de famille permettent de restaurer un dialogue et une harmonie entre elles (3).
Comme trop souvent, l’essentiel de la littérature concernant l’IFS est rédigé en anglais et d’abord disponible dans cette langue. Mais elle est progressivement traduite en français, ce qui permet aux personnes ne parlant pas l’anglais de découvrir cette approche, pour laquelle il existe des thérapeutes francophones.
En 2023 a été publié la traduction française de « No Bad Parts » (publié en 2021) de Richard Schwartz. C’est le premier de trois ouvrages d’introduction à l’IFS écrits par son fondateur. Ils sont relativement brefs, bien écrits et accessibles, A ce titre ils permettent aux personnes de découvrir la vision, la motivation et les modalités de cette dernière. Le titre la traduction française est maladroit, mais cet ouvrage existe, ce qui est le principal.
Le choix d’un-e thérapeute et d’un modèle thérapeutique est quelque chose de très personnel. On sait que l’alliance entre une personne et son-sa thérapeute est un facteur absolument essentiel pour la réussite du travail qui est entrepris à deux.
Néanmoins, le modèle explicatif de l’IFS est essentiel et il permet d’aborder des situations qui autrement restent très problématiques, voire bloquées. A ce titre, il mérite qu’on en prenne connaissance de manière approfondie. A chaque personne de l’utiliser de la manière qu’elle sentira juste pour elle-même.
Par ailleurs, contrairement à ce que certaines personnes croient, le travail de guérison que nous faisons dans l’ici et maintenant n’est pas au détriment d’autres dimensions de notre croissance intérieure. Bien au contraire, plus nous sommes libéré-e-s de nos traumas, conscient-e-s de qui nous sommes et de nos parts intérieures plus nous sommes apaisées, centrées et alignées, plus le reste du travail que nous faisons portera ses fruits.
Pour les personnes qui souhaitent aller un peu plus loin, voici les trois ouvrages d’introduction de Richard Schwartz en anglais:
Le 10 août 2024, la RTS publie un article sur la maltraitance dans les milieux évangéliques en Suisse, Cet article nous ramène à ce que la psychothérapeute Alice Miller avait décrit d la maltraitance systématique et organisée dans nos sociétés ((1), (2)) il y a plusieurs décennies de cela.
Alors même qu’Alice Miller a écrit il y a déjà longtemps, l’article de la RTS ramène exactement aux mêmes mécanismes, en l’occurence le déni total de l’enfant de ses droits les plus élémentaires, de ses besoins psycho-affectifs, de sa souffrance, l’usage de la force la plus brutale afin d’obtenir une soumission aveugle de la part de ce dernier et l’affirmation selon laquelle ce serait, en plus, « pour son bien ». Il est également question d’institution religieuses qui instruisent les parents à battre leurs enfants au nom d’un « dieu » pour obtenir cette soumission. C’est très exactement ce que Alice Miller avait documenté sur les manuels d’éducation d’une certaine époque. Et il est question, bien sûr, des mêmes conséquences sur la psyché et la vie des enfants victimes de ces traitements.
Non seulement ces maltraitance sont extrêmement graves, mais elles sont une cause classique de NDE. Les parents étant les tortionnaires, il n’est que rarement possible de faire confirmer médicalement la mort clinique de l’enfant durant cette expérience. Mais le vécu et ce que rapportent les enfants, des décennies plus tard, est du même ordre que ce que rapportent les personnes qui ont vécu des NDE induites par d’autres causes, comme un accident.
Ce que ces NDE ont de spécifique, c’est que les personnes qui les vivent rapportent que, durant ces dernières, elles reçoivent un soutien qui leur permet de ne pas craquer physiquement et psychologiquement alors même que les conditions qu’elles subissent sont horribles. La vidéo ci-dessous en est un exemple.
Interview par Werner Huemer de la chaîne Thanatos TV EN
Les personnes qui passent par de telles épreuves sont inévitablement confrontées à la question du sens de ces dernières et de celui de leur vie qui en est très significativement impactée.
Au-delà du fait que chaque personne a ses convictions, les points ci-dessous sont des éléments de base qui ne doivent pas être oubliés.
Les adultes qui commettent ces actes sont capables de discernement, ils bénéficient du libre arbitre et ils sont pleinement responsables de leurs actes, y compris pénalement. Ce ne sont pas des marionnettes.
Le respect le plus élémentaire des personnes veut qu’il soit indispensable de reconnaître pleinement la souffrance et l’oppression des personnes victimes de tels actes.
Le fait de reconnaître clairement, parfois légalement, le statut de victime des personnes qui subissent de telles maltraitance est souvent essentiel pour les aider à prendre les mesures qui leur permettent de reconstruire leur vie
Il est véritablement essentiel de ne pas tomber dans ce que d’aucuns appellent le « spiritual bypassing » ((1), (2), (3)), à savoir le déni de l’autre, de son ressenti et de sa souffrance sous des prétextes « spirituels ». Ceci n’est qu’une forme de maltraitance de plus!
Kaiseregg im Sonnenuntergang, February 2011 Source wikimedia commons
Bien avant son guide de survie pour personnes empathes, Judith Orloff a publié un texte intitulé « Emotional freedom » [1] dont le but est d’aider les personnes à vivre beaucoup plus sereinement et plus librement leur vie.
Dans ce livre, l’auteure utilise un ton personnel et recourt à ses propres expériences pour décrire cinq thématiques de base, suivi de sept transformations qui ont pour but de nous aider à vivre dans une sérénité certaine et sans plus être affecté-e-s par les aléas de nos vies.
Les thématiques de base qu’elle aborde sont le fait d’avoir un regard positif sur la vie, la gestion de ce qu’elle appelle la « négativité », la manière dont elle recourt aux rêves pour se guider, l’importance d’avoir conscience de son « style émotionnel » (intellectuel, empathe, rocher, l’exubérant-e extraverti-e) avec les forces et faiblesses de chacun. Elle finit cette partie par des outils destinés à aider les personnes à lutter contre les « vampires émotionnels » qui sucent votre énergie et réduisent à néant votre sérénité.
Les sept transformations qui suivent sont : faire face à la peur et construire le courage, faire face à la frustration et construire la patience, faire face à la solitude et construire la connexion, faire face à l’anxiété et construire le calme intérieur, faire face à la dépression et construire l’espoir, faire face à la jalousie et construire l’estime de soi, et, pour finir, faire face à la colère et construire la compassion. Pour chacune d’entre elles, elle donne des outils pratiques, beaucoup basés sur la guidance au travers des rêves, la méditation et la visualisation.
Toutes ces thématiques sont pertinentes, d’une manière ou d’une autre. Par exemple, c’est un fait que d’avoir une vision positive de la vie et de se voir évoluer avec succès est un facteur qui aide nettement plus à réaliser les changements qu’une personne souhaite, que si elle est dans une dépression profonde. Ceci dit, certains sujets qu’elle aborde sont, à mes yeux, considérablement plus complexes que la manière dont elle les traite et certaines thématiques tout aussi pertinentes manquent complètement et c’est parfois assez surprenant.
Dans son texte, elle insiste énormément sur l’importance d’éliminer la « négativité », c’est-à-dire toute sorte d’émotions plus ou moins désagréables, et de les remplacer par de la « positivité », c’est à dire de la sérénité. Je ne crois pas connaître qui que ce soit qui préfère vivre durablement de solides déprimes plutôt que de vivre sereinement et d’avoir de nombreuses joies. C’est un fait aussi qu’il est essentiel d’aider des personnes qui sont dans de grandes souffrances de longue durée et qui ne peuvent en sortir. Les exemples de personnes en dépression grave, ou qui sont dans une immense colère et en veulent à la terre entière sans pouvoir trouver de sérénité, me viennent à l’esprit. Ceci dit, il y a dans les termes « négativité » et « positivité » un jugement de valeur qui me pose problème. Les émotions désagréables sont fondamentalement utiles, elles sont le signe de dysharmonies qui appellent à être corrigées. En tant que tel, il est indispensable de les respecter, de les accueillir et de les décoder. Par ailleurs, il est des crises dont on ne se sort vraiment qu’en les traversant de bout en bout, aussi douloureux que ce soit. A vouloir faire disparaître à tout prix les signaux d’alerte qui les accompagnent, la personne peut en être soulagée momentanément, mais elle risque fortement de stagner et de tourner en rond.
L’auteure insiste beaucoup sur l’importance de la spiritualité et sur combien celle-ci peut aider les personnes à se faire guider pour garder espoir et pour trouver un chemin. Si je peux tout à fait entendre qu’il en est ainsi pour elle et pour de très nombreuses personnes qui ont trouvé une dimension spirituelle dans leur vie, il se trouve que c’est un aspect de l’expérience humaine qui varie très fortement de personne en personne. Et on ne s’engage pas sur un chemin spirituel comme on choisit de commencer un régime. Les personnes pour qui cette dimension est importante ont fait des expériences qui les ont changées et qui ont changé leur vie. Cela ne se commande pas.
L’auteure arrive inévitablement et à plusieurs reprises sur la nécessité de pouvoir prendre conscience de son propre ressenti et de le mettre en mots. Mais elle ne thématise pas vraiment ce sujet en tant que tel, et encore plus surprenant, elle oublie de mentionner les outils qui existent de longue date pour aider les personnes à mieux y arriver. Le focusing [2] est un de ceux que je connais le mieux, qui est décrit, connu et éprouvé depuis des décennies. Je m’étonne qu’une psychothérapeute de grande expérience ne cite pas ce dernier, ou, au moins, une alternative.
Si les rêves peuvent nous guider, si les visualisations et les méditations peuvent être utiles, il est des difficultés qui résistent et face auxquels ces outils restent sans effet. C’est en particulier le cas des traumatismes dont souffrent de très nombreuses personnes. Il se trouve qu’on commence à avoir des outils un peu plus efficaces que de faire «20 ans de thérapie pour essayer d’en dégager le noyau ». Je pense en particulier à l’EMDR [3] et au somatic experiencing [4]. Même si cela n’est pas le cœur du sujet de l’auteure, les traumas sont des obstacles majeurs dans le chemin de libération d’une personne qui vont rendre inopérants les outils qu’elle propose, tant que ces traumas n’auront pas été pris en charge sérieusement. Vu l’expérience de l’auteure, je m’étonne que ce point ne soit pas thématisé au moins brièvement d’une manière ou d’une autre.
Un autre point qui n’est pas abordé est le fait que les souffrances que nous traversons ne sont pas toutes dues à des faiblesses ou à des manques, mais elles sont aussi le fruit de nos richesses et de la confrontation de ces dernières avec la société humaine. C’est ainsi que, par exemple, toutes les personnes qui ont un solide sens éthique en elles ne peuvent que souffrir dans le monde du travail actuel. Que faire face à cette situation ? Quelle est la part de lutte inévitable et indispensable ? Quelle est la part de « faire avec le réel tel qu’il est » ? Et peut-on réellement rester serein face à cette facette de l’existence quand on est un être pleinement conscient ?
Les êtres humains étant très divers, il y a aussi le cas des personnes HP (zèbres, surefficients mentaux, etc.). Leur chemin de vie a ceci de particulier qu’il est marqué par des crises de croissances majeures et très profondes qui peuvent être très douloureuses et longues à traverser [5]. Pouvoir traverser ces crises avec succès est un enjeu fondamental dans le parcours de vie des personnes HP. C’est loin d’être facile, ça ne ressemble en rien à de la sérénité ou à de la joie, et, pour y arriver, il est indispensable de trouver en soi le courage de traverser le désert. Les personnes HP s’en passeraient bien et la souffrance peut être telle durant ces crises qu’elle peut parfois être diagnostiquée à tort comme un trouble de santé mentale [6]. L’enjeu pour ces personnes, si elles n’y arrivent pas, est de tourner en rond, voire de régresser, dans leur chemin de croissance personnelle, ce qui est aussi accompagné d’une importante souffrance et ce qui ne fait que reporter à plus tard les obstacles à dépasser.
Judith Orloff – emotional freedom
Tout ceci fait que, si cet ouvrage aborde de manière pertinente des thématiques qui le sont tout autant, il ne constitue pas pour moi l’alpha et l’oméga du chemin de développement de libération de ses souffrances, loin de là. Certains éléments essentiels manquent et les enjeux sont à mes yeux plus larges que la manière dont ils sont abordés dans cet ouvrage. Pour finir, il est des souffrances qui sont inhérentes à la vie, qu’elles soient liées à la condition de la personne, aux nombreuses et graves limites de sociétés humaines ou au processus de croissance intérieure d’un être humain. De ce fait, cela me semble même illusoire de pouvoir imaginer vivre sereinement l’essentiel du temps. Etre capable de traverser des crises sans perdre espoir et pouvoir vivre une certaine égalité d’humeur le reste du temps me semble plus réaliste et atteignable.
[1]
Judith Orloff ; Emotional Freedom: Liberate Yourself from Negative Emotions and Transform Your Life; Harmony; (Reprint) ; 2010
Il existe une traduction française dont j’ignore la qualité :
Judith Orloff; Liberté émotionnelle : Libérez-vous de vos émotions négatives et retrouvez un parcours hors de la souffrance; Ariane Editions ; 2009
[2]
Eugene T. Gendlin; FOCUSING – Au centre de soi; Editions de l’Homme, collection : Alter Ego; 2006
Eugene T. Gendlin; Focusing-Oriented Psychotherapy: A Manual Of The Experiential Method: Guilford Press ; 1996
[3]
Francine Shapiro: Eye Movement Desensitization and Reprocessing Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures; Guilford Publications; 3rd New edition ; 2017
Francine Shapiro & Margot Silk Forrest; EMDR: The Breakthrough Therapy for Overcoming Anxiety, Stress, and Trauma; Basic Books; 2nd edition ; 2016
Francine Shapiro; Getting Past Your Past: Take Control of Your Life With Self-Help Techniques from EMDR Therapy; Rodale Incorporated ; 2013
Cyril Tarquinio & Pascale Tarquinio; L’EMDR: Préserver la santé et prendre en charge la maladie; Elsevier Masson ; 2015
[4]
Peter A. Levine Ph.D.; In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness.; North Atlantic Books; 2010
Peter Levine; Healing Trauma: A Pioneering Program for Restoring the Wisdom of Your Body; Sounds True Inc; 2008
Peter A. Levine Ph.D. & Maggie Kline; Trauma Through a Child’s Eyes: Awakening the Ordinary Miracle of Healing; North Atlantic Books; 2006
[5]
Kazimierz Dabrowski; Personality-Shaping Through Positive Disintegration; Red Pill Press; 2015
Il existe une traduction française dont j’ignore la qualité :
Kazimierz Dabrowski; La formation de la personnalité par la désintégration positive; Les Editions Pilule Rouge; 2017
Kazimierz Dabrowski M.D. Ph.D.,; Positive Disintegration; Maurice Bassett ; 2017
Sal Mendaglio; Dabrowski’s Theory Of Positive Disintegration; Great Potential Press ; 2008
James T Webb; Searching for Meaning: Idealism, Bright Minds, Disillusionment, and Hope; Great Potential Press ; 2013
Patricia Lamare; La theorie de la desintegration positive de Dabrowski: Un autre regard sur la surdouance, la santé mentale et les crises existentielles; CreateSpace Independent Publishing Platform ; 2017
[6]
James Webb; Misdiagnosis and Dual Diagnoses of Gifted Children and Adults: ADHD, Bipolar, OCD, Asperger’s, Depression, and Other Disorders (2nd Edition) (Anglais) Broché – 1 novembre 2016; Great Potential Press ; 2016
Susan Daniels, Ph. D. and Michael M. Piechowski, Ph. D. editors; Living with Intensity; Great Potential Press; 2009
Cela peut paraître paradoxal aux personnes qui ne sont pas dans cette dynamique de vie, mais grandir et vivre quand on est une personne surefficiente (ou un zèbre pour reprendre le mot de Jeanne Siaud-Facchin) n’est pas tout simple.
Pour commencer, être une personne surefficiente ne signifie pas nécessairement être un-e premier-ère de classe qui va tout digérer facilement et sans affect particulier. Au contraire, certaines de ces personnes souffrent le martyre dans un système scolaire extrêmement normatif, et cela peut avoir des conséquences funestes.
Le développement d’une personne HP a aussi ceci de particulier qu’il est « asymétrique ». En d’autres termes, à un moment donné, un enfant peut avoir un développement cognitif extrêmement avancé, mais une capacité de jugement qui est dans la moyenne, voire légèrement en retard. Cela peut être très compliqué à gérer pour l’entourage et cela peut être à l’origine d’une énorme souffrance pour l’enfant qui en a conscience. Cette souffrance et ses manifestations peuvent être telles qu’elle induit des consultations et des diagnostics psychiatriques erronés de la part de praticiens qui ne sont pas au fait des spécificités du développement des zèbres.
Le fait d’être surefficient peut se manifester dans plusieurs dimensions. Le domaine cognitif n’est que l’une d’entre elles. La sensibilité, l’empathie et les émotions en constituent une seconde. La capacité d’imagination et de créativité une troisième. Les sensations physiques et esthétiques une quatrième. Le domaine psychomoteur la cinquième. L’asymétrie de leur développement signifie aussi que, même adultes, certaines personnes sont surefficientes dans une ou deux de ces dimensions, d’autres dans les cinq à la fois.
J’ai déjà eu l’occasion de dire que la littérature en langue française ne présente de loin pas toute la complexité du développement des personnes surefficientes. Les auteur-e-s sont au mieux conscient-e-s des surefficiences dans les domaines cognitifs et émotionnels. Les autres domaines ne sont pas considérés. Pire encore, le processus de développement intérieur des personnes n’est pas décrit. C’est d’autant plus ennuyeux que ce processus passe par des crises importantes, on pourrait presque dire des phases de « mort puis renaissance » qui sont très marquées et qui, quand elles ne sont pas comprises peuvent amener à des réactions inadéquates de la part de l’entourage ou de professionnel-le-s de la relation d’aide non formés aux spécificités des personnes HP.
Publié en 2009 par Great Potential Press, Living with Intensity [1] est un ouvrage collectif qui vient combler ce vide, en tout cas pour toutes les personnes qui maitrisent la langue anglaise. Les autres ont une motivation de plus de s’y mettre, en attendant que les éditeurs de langue française daignent rattraper leur retard dans ce domaine également.
Il est composé de 15 chapitres rédigés par des auteur-e-s différent-e-s mais avec néanmoins une forte unité entre eux.
Les deux premiers décrivent synthétiquement ce que c’est que d’être une personne surefficiente et le processus de développement intérieur de ces dernières, ce que le psychologue Casimierz Dabrowski avait appelé le processus de « désintégration positive ».
Les sept chapitres qui suivent traitent de ce que c’est que d’être un enfant HP, à l’intention des parents, des enseignant-e-s et des professionnel-le-s de la relation d’aide. Ces chapitres traitent de la bonne manière de stimuler un enfant qui en a absolument besoin, des spécificités de l’adolescence, de l’impact que la lucidité d’un enfant HP peut avoir sur sa vie et sur celle de son entourage, des risques et des conséquences de diagnostics erronés en cas de crise particulièrement intense, des spécificités de l’accompagnement de ces enfants, de l’impact de la particularité des enfants HP sur la dynamique de leur environnement familial et, pour finir, de celui du perfectionnisme dans leur vie.
La partie suivante consacre quatre chapitres aux personnes devenues adultes, en abordant ce que cela signifie d’être une personne HP dans un parcours d’adulte, d’un exemple d’un parcours de vie d’une personne particulière et qui a eu un très grand impact, de l’intégration de la dimension spirituelle dans l’accompagnement de ces personnes et de ce que le travail de Dabrowski apporte aux adultes.
La dernière partie consacre deux chapitres aux travaux de recherche actuels et à venir.
Great Potential Press présente cet ouvrage comme une introduction à l’apport de Casimierz Dabrowski dont la richesse et la complexité sont à la hauteur de celles des personnes surefficientes. Et c’est un fait qu’il constitue une bonne introduction qui permet d’intégrer petit à petit les différents éléments de son regard sur le parcours de vie des personnes HP. Il montre aussi comment cela aide les personnes à devenir autonomes, à traverser et à ressortir grandies de crises de vie qui peuvent être de véritables tempêtes et comment ce processus de croissance se poursuit depuis la petite enfance jusqu’à un âge très avancé.
La deuxième partie dédiée aux enfants me semble être le cœur de cet ouvrage. Les auteur-e-s y donnent des myriades de pistes et de suggestions pour un suivi adapté qui sont susceptibles de fortement aider l’entourage de ces enfants. Il montre aussi qu’il existe au moins des ilots de personnes qui déploient des trésors d’énergie, d’attention, de tendresse et d’intelligence pour aider ces enfants à bien grandir. Cela me touche d’autant plus que, dans mon propre parcours de vie, je n’ai pas du tout bénéficié d’un tel environnement ou de quoi que ce soit qui s’en approche, même de loin.
La partie dédiée aux adultes contient également quelques perles. Tout d’abord, elle intègre la dimension spirituelle de la vie des personnes HP, qui est tellement importante pour un très grand nombre d’entre elles, ceci quel que soit la forme que prenne cette dimension. Ensuite ce même chapitre est le seul qui décrive l’accompagnement de personnes ayant subi des abus très graves, ce qui arrive très souvent et qui ne peut qu’avoir des conséquences dévastatrices chez des personnes particulièrement sensibles. C’est d’autant plus étonnant que les auteur-e-s des autres chapitres sont très conscient-e-s des conséquences des maltraitances et qu’ils citent à plusieurs reprises les ouvrages d’Alice Miller à ce sujet.
Même très bien écrit, la lecture de cet ouvrage demande un peu de temps. Celui-ci est nécessaire pour digérer intérieurement les apports des différents chapitres et éviter que cette lecture ne fasse que compléter ce que nous savons, mais sans rien changer à notre vie et/ou à notre pratique. Prendre ce temps en vaut la peine, c’est un ouvrage fondamental à la fois solide et abordable, qui contiendra des pistes pour de nombreuses personnes.
Mon seul vrai regret, c’est qu’il existe différentes manières d’être unique. On peut être un-e surefficient-e. On peut faire partie de la mouvance LGBTIQ. On peut avoir un parcours de vie très particulier. Et certaines personnes surefficientes les cumulent. Cette thématique-là n’est pas abordée, et, pour moi, elle manque.
[1] Susan Daniels, Ph. D. and Michael M. Piechowski, Ph. D. Editors; Living with intensity, Great Potential Press, 2009
Grâce à quelques auteures compétentes, expérimentées, sensibles et respectueuses comme Christel Petitcollin, Jeanne Siaud-Facchin et quelques autres, les personnes « hp » de langue française ont à leur service quelques ouvrages qui peuvent les aider à trouver plus facilement un chemin dans la vie (1). En tant que tel c’est très précieux. Ceci dit, la littérature francophone sur les parcours de vie de ces personnes reste limitée. Il n’y a pas de quoi remplir un rayon de bibliothèque d’ouvrages significatifs, de qualité et aidants.
De ce fait, ces mêmes personnes peuvent être intéressées par l’existence d’une autre source d’informations de qualité, à savoir l’éditeur spécialisé de langue anglaise Great Potential Press Inc. (2).
Un des ouvrages de son catalogue est en particulier susceptible d’attirer ce public, car il traite des questions et des crises existentielles quasi permanentes que vivent nombre de personnes hp. Il a pour titre « Searching for Meaning – Idealism, Bright Minds, Disillusionment and Hope » (3).
L’auteur y aborde de nombreuses thématiques, dont l’origine des quêtes de sens particulièrement intenses des personnes hp, des idéaux le plus souvent très élevés de ces mêmes personnes, des désillusions auxquelles les sociétés humaines et leurs propres limites les confrontent, des manières de faire face à ces crises permanentes (certaines étant plus saines ou plus utiles que d’autres), de l’art et de la manière d’arriver à une plus grande sérénité.
Malgré un certain nombre de limites sérieuses, cet ouvrage comporte des remarques et des apports qui me semblent importants et très utiles.
En ce qui concerne les limites, celles qui me semblent les plus problématiques sont les suivantes:
Quand il traite de l’origine des valeurs qu’une personne acquiert au cours de son enfance, l’auteur ne prend en compte que l’entourage et les influences sociales sur cette dernière. Il passe complètement sous silence la référence intérieure de la personne, pourtant particulièrement développée chez les personnes hp, au point de contribuer à les faire se sentir très différentes, voire étrangère à leur environnement et ceci des un très jeune âge. C’est d’autant plus étonnant que l’existence de cette référence intérieure est reconnue par les psychologues humanistes au moins depuis le début des années 60 (4).
La deuxième limite est que cet ouvrage est écrit d’un point de vue totalement matérialiste. Les dimensions de « plus grand que soi » ou d’expériences spirituelles que peuvent vivre les personnes hp n’y ont aucune place. Chacun est, bien sûr, libre de ses (non-)croyances, mais les crises auxquelles font face les personnes hp, la difficulté pour elles de trouver un chemin satisfaisant, celle de faire face à leurs désillusions, la difficulté de choisir une voie parmi toutes leurs potentialités (tout en faisant en sorte que le fait de devoir en laisser de côté un grand nombre soit supportable) me font dire que l’expérience spirituelle des personnes hp est pour elle un guide encore plus essentiel que pour les autres personnes (et, ceci, quelle que soit la forme qu’elle prenne).
La question de la survie sur la place de travail n’est pas non plus abordée alors même qu’elle peut s’avérer extrêmement difficile pour les personnes hp. Dans la plupart des univers professionnels, l’exigence de conformité est encore bien plus forte qu’à l’école. Les personnes sont aussi confrontées particulièrement durement a des comportements humains qui sont à des années-lumière de leurs idéaux. Survivre dans un milieu qui peut être extrêmement toxique est d’autant plus difficile qu’on ne choisit pas toujours son job. Il arrive très fréquemment qu’on doive se contenter du peu qu’on trouve et cela peut être extrêmement risqué d’abandonner un poste dans la conjoncture actuelle. Arriver à faire face dans un pareil univers aurait largement mérité un chapitre.
Dans ce texte, il est beaucoup question de la très grande sensibilité et des ressentis très intenses des personnes hp. Par contre, la justesse et la lucidité de nombre des constats faits par ces mêmes personnes ne sont pas reconnues. Or il s’agit d’une dimension du problème. C’est particulièrement douloureux de vivre en constatant de nombreux dysfonctionnements autour de nous, d’avertir de leur existence, de proposer des solutions, de se faire violemment rejeter pour ce faire, puis de constater que tout ce que nous avons vu et prédit se confirme (le tout sans la moindre reconnaissance, bien sûr) !
Au chapitre 6, l’auteur insiste sur l’importance de se connaitre soi-même. Ce constat est essentiel. A être purement cognitifs, les systèmes scolaires coupent d’eux-mêmes les enfants. Les entreprises vont exactement dans le même sens. Des jeunes très doués qui ont un mental puissant et qui se sont particulièrement investis sur le plan cognitif se voient de ce fait encore plus complètement coupés de qui ils sont profondément. Par contre, l’auteur se garde bien de donner des outils efficaces pour se reconnecter aux personnes qui en manqueraient ! c’est ainsi qu’un outil aussi essentiel (et éprouvé) pour retrouver le lien a ses ressentis qu’est le focusing (5) n’est même pas mentionné ! Bref ce chapitre est tronqué de nombreuses pages essentielles pour qu’il puisse vraiment atteindre son but.
A mes yeux, ces limites sont importantes. Mais elles sont contrebalancées par une série d’éléments importants qui font que cet ouvrage vaut la peine :
Dans le même chapitre ou l’auteur insiste sur l’importance de se connaitre moi-même, il finit par suggérer aux personnes de se faire aider. Il ne s’agit pas tant de psychothérapie (être hp n’est pas un trouble, mais une manière d’être au monde) que de trouver un mentor qui comprenne en profondeur ce que c’est que d’être hp et qui puisse aider une personne a se reconnecter avec elle-même, à lire et à faire le tri dans ses ressentis corporels (pour reprendre le terme du focusing), à découvrir les arcanes des relations humaines, à apprendre à faire face à ses désillusions et ses crises existentielles et à trouver un chemin dans son existence alors qu’on s’est bien gardé de lui en donner le mode d’emploi!
L’auteur insiste sur le fait que c’est une problématique essentielle et inhérente au fait d’être hp que d’avoir un haut degré d’idéal, de très douloureuses désillusions quand la société ou la personne elle-même ne correspond pas à ses exigences, et de vivre des dépressions existentielles à répétition. Tout l’enjeu pour la personne est d’arriver à vivre dans une société qui ne répond pas à ses exigences, de faire avec le fait qu’elle-même n’y arrive pas, de trouver quelque chose qui fasse qu’elle sente malgré tout que son existence a du sens, et qu’elle trouve une satisfaction alors même qu’elle ne pourra déployer qu’une petite partie de ses potentialités. C’est l’enjeu d’une vie et c’est là ou certaines manières de « faire avec » sont plus fructueuses que d’autres.
Il fait référence à la notion de « sur-stimulabilité » issue des travaux de Kasimierz Dabrowski. Cette notion dénote les réactions particulièrement intenses des personnes hp, aux manières dont elles se manifestent (Dabrowski définit 5 catégories) aux forces et aux faiblesses que cela peut induire. Ces catégories me semblent intéressantes et pertinentes et elles peuvent aider les personnes à mieux comprendre leurs réactions.
Il liste 12 manières de « faire avec » qui peuvent s’avérer problématiques si on en dépend trop. Ces manières comprennent des comportements comme « avoir une attitude totalement rigide et exiger des autres qu’ils s’y conforment », « se retirer dans sa tour d’ivoire », « s’en foutre complètement », « étourdir son cerveau en particulier via un usage de substances diverses », « être sans cesse dans la colère et la révolte », etc. Si nous recourons toutes et tous à ces techniques à des degrés divers, elles ont l’inconvénient très grave de nous couper de nous-mêmes et des autres. Nous devons donc prendre grand soin de ne pas nous y enfermer.
La partie la plus précieuse et potentiellement la plus utile de cet ouvrage est le chapitre qui traite des techniques pour faire avec, qui sont fructueuses et même fécondes. L’auteur en liste treize. Il y a des pratiques comme « se choisir UNE cause et s’y investir vraiment », « ne jamais oublier son sens de l’humour », « avoir des activités qui permettent d’être en contact physique avec d’autres », « développer des relations authentiques », « profiter du moment présent », « garder à l’esprit les conséquences positives à plus long terme ainsi que les conséquences positives indirectes de ses actes », etc. Sans représenter une panacée, ces recommandations me semblent constituer un tout sensé, susceptible de notablement améliorer la qualité de vie des personnes hp.
Le dernier chapitre traite, entre autres, des recommandations de base de la psychologie du bonheur. A l’exception de l’une d’entre elles qui peut poser de gros problèmes aux personnes qui ont subi des abus et/ou des traumatismes (6) elles me semblent constituer un paquet d’autant plus utile que les personnes hp sont particulièrement peu douées en la matière et que, de ce fait, nous devons tout particulièrement cultiver notre jardin.
En conclusion, cet ouvrage me parait solide et utile et c’est pourquoi je me permets de le signaler. J’espère que sa lecture pourra aider d’autres personnes à trouver leur chemin quitte à, pour reprendre les propos de l’auteur, à « avaler la chair et à en recracher les os” !
(1) Voir, par exemple :
Christel Petitcollin, Je pense trop, Guy Trédaniel, 2010
Christel Petitcollin, Je pense mieux, Guy Trédaniel, 2015
Jeanne-Siaud Facchin, Trop inteligent pour etre heureux? – L’adulte surdoué, Odile Jacob, 2008
Arielle Adda & Thierry Brunel, Adultes sensibles et doués – Trouver sa place au travail et s’épanouir, Odile Jacob, 2015
(2) Great Potential Press Inc (www.greatpotentialpress.com)
(3) James T. Webb, Ph. D., Searching for meaning – Idealism, bright minds, disillusionment and hope, Great Potential Press Inc, 2013
(4) Voir, par exemple, Rogers, Carl. (1961). On Becoming a Person: A Therapist’s View of Psychotherapy. London: Constable (pour l’édition originale), partiellement traduit en français (il manque toujours 5 chapitres dans la version française)
(5) Eugene Gendlin, Focusing, Rider, 2003 (traduit en français)
(6) Dabrowski, K., With Kzwczack, A. Piechowski M. M. (1970) Mental growth through positive disintegration. London Gryf.
(7) La question est celle du pardon. Alice Miller fait, à très juste titre, remarquer que le pardon est utilisé par les systèmes religieux et éducatifs pour protéger les adultes maltraitants qui commettent des actes graves sur les enfants. Le pardon, érigé en vertu, voire en obligation morale, coupe encore plus les victimes de ce qui leur reste de ressenti, contribue à cacher et à renforcer encore leur traumatisme et est une des formes de ce qu’elle appelle le « 11ème commandement : tu ne t’apperçevras de rien ».
Counselling service for women, source Wikimedia Commons
Déterminer quand nous devons aider un autre être et quand nous devons prendre soin de nous abstenir de toute intervention est une question éthique qui traverse toutes nos existences. Elle est fort joliment illustrée par une chronique de la nonne zen Joshin Luce Bachoux qui confronte un maitre bouddhiste a un papillon en train d’éclore (1). Alors qu’il assiste à la sortie de chrysalide d’un papillon, le maitre décide d’intervenir pour l’aider et lui faciliter la vie. Il fait un geste pour achever le mouvement en cours et contribue à le sortir de son cocon. Mais, quelle n’est pas sa déception quand le maitre constate avec dépit que le papillon est incapable de déployer et d’utiliser une de ses deux ailes, qui reste collée. Le maitre en déduit que son action a apporté beaucoup plus de mal que de bien.
Savoir quand il convient d’aider un autre être est une thématique qui a fait et qui continue à faire l’objet d’une abondante réflexion. En particulier, c’est un thème central du code éthique des professions qui se chargent de toutes formes d’assistance, de conseils, de soins, etc.
D’une manière ou d’une autre, la plupart de ces codes ont pour principe le respect de l’autonomie de la personne, de ne prêter assistance a l’autre que si ce dernier en fait explicitement la demande, et de ne répondre à cette dernière que si la demande est acceptable pour la personne qui reçoit la demande (2).
Malgré toutes ces belles intentions, le problème demeure et il est particulièrement aigu dans les cas, nombreux, qui se situent aux limites.
Que faire quand aucune demande n’est formulée, en particulier quand la personne n’est pas en mesure d’en formuler une ? Et qui juge que tel est le cas ? Sur quelle base?
Que faire quand les valeurs de la personne aidante et celles de la personne en demande sont en conflit ?
Que faire, par exemple, quand une personne est blessée, mais inconsciente et donc incapable de demander de l’aide ?
Que faire quand c’est un animal qui est blessé ?
Que faire face à une personne très âgée, qui est devenue complètement désorientée et dépendante de l’assistance qu’on lui fournit, qui néanmoins affirme aller très bien et qui refuse de quitter son domicile ? Que faire quand le proche aidant qui l’accompagne est complètement épuisé ?
Que faire face à cette même personne très âgée, si elle est en demande de suicide assisté, alors même qu’elle ne souffre d’aucune maladie incurable ? Et que faire de l’avis de son ou ses proches aidants s’ils divergent du sien ? Est-ce qu’un médecin est en droit de refuser une telle assistance si elle contrevient à sa vision (d’aucuns diront ses préjuges) religieuse?
A-t-on le droit de donner des cours de nutrition saine et d’éducation a la santé dans les écoles, quand ces derniers peuvent entrer directement en conflit avec les valeurs, les comportements et les commandements de certaines familles ?
Les cas sont innombrables et parfois très complexes. Ils font l’objet de nombreuses annexes aux codes éthiques, voire de codes spécialisés dans certaines thématiques. Les conflits pouvant être extrêmement vifs, il n’est pas rare que la justice et la jurisprudence s’en mêlent. Le cas de l’assistance au suicide illustre bien cette situation qui s’étend a de nombreuse es autres situations.
Qu’il s’agisse d’actes imposés ou refusés à une personne, les risques de comportements inappropriés, voire de maltraitance sont majeurs. Les risques de conflit (tout aussi vifs) au sujet de ces mêmes actes sont très importants.
C’est une thématique dans laquelle les sociétés humaines avancent à tâtons, avec beaucoup de difficultés, de manières souvent divergentes et en étant violemment confrontées aux préjugés et aux convictions des uns et des autres. Je n’ai pas plus de réponses définitives et universelles à ces questions que les autres personnes qui ont travaillé et travaillent sur ce sujet. J’ai moi aussi mes valeurs et mes choix éthiques qui font que j’ai une place bien précise sur cet échiquier. Tout ce que je peux proposer, c’est de prendre grand soin de rester ouverte et à l’écoute de l’autre, de son ressenti, de sa souffrance et des multiples niveaux de ce qu’il ou elle exprime, que ce soit verbalement ou pas.
Jospin Luce Bachoux, Tout ce qui compte en cet instant
(1) Luce Joshin Bachoux, Regarder naitre un papillon, Tout ce qui compte en cet instant – le journal de mon jardin zen, Desclé de Brouwer, 2009