Archives pour la catégorie Enfant indigo

Besoin de créer

 

Quête de sens et créativité, Anne-Marie Jobin, 2006, Editions du Roseau, Montréal
Quête de sens et créativité, Anne-Marie Jobin, 2006, Editions du Roseau, Montréal

Comme de très nombreuses personnes, j’ai un très fort besoin d’activités créatives. Je ne parle pas d’égo ou de quoi que ce soit de ce genre. Je parle de mon besoin existentiel et essentiel de créer. J’ai aussi la conviction qu’il est présent dans le coeur de chaque être humain, qu’il est tout aussi vital que le besoin de manger, de respirer, d’être en sécurité, d’être en relation avec les autres, avec le vivant, avec la Terre Mère et avec une forme de “tout proche et en même temps infiniment plus grand que soi”.

Dans mon quotidien, j’ai beaucoup de mal à ménager l’espace, le temps et l’énergie nécessaire pour pouvoir créer comme j’en ai besoin. Travailler dans une maison de fous me consomme une énergie colossale rien que pour pouvoir faire face et tenir. Je me rends aussi compte que je suis face à d’autres obstacles, comme ma tendance à procrastiner et à perdre mon temps sur internet, plutôt que de mettre à profit le peu de temps de qualité dont je dispose. La peur du regard de l’autre, la peur de l’échec sont pour moi de gros obstacles.

Au hasard de mes recherches, j’ai trouvé quelques ressources qui me sont précieuses. Il s’agit des ouvrages écrits par Anne Marie-Jobin. Elle propose de nombreux outils pour aider à débloquer et prendre soin de son expression créative, et in fine pour transformer sa vie. Ce ne sont pas des outils miracles (ce qui ne les rend que plus crédibles), mais ils sont nombreux, variés, aidants et fort plaisants. Ils me semblent aussi très respectueux des personnes, de la diversité de nos vie et des rythmes réels de l’existence humaine (par opposition à ceux que nous imposent la société). D’autres y trouveront peut-être des pistes pour eux-mêmes. C’est pourquoi je vous les partage.

Le site d’Anne-Marie Jobin: http://journalcreatif.com

Anne-Marie Jobin, Créez la vie qui vous ressemble, 2013, Editions Le Jour Montréal (version complètement revue de “Ma vie faite à la main”)

Anne-marie Jobin, la Vie Faite à La Main – quête de sens et créativité, 2006, Editions du Roseau, Montréal

Anne-Marie Jobin, le nouveau journal créatif – à la rencontre de soir par l’écriture le dessin et le collage, 2010, Le Jour Montréal

Anne-Marie Jobin, Fantaisies et gribouillis, 85 activités créatives pour tous, 2008, Editions du Roseau, Montréal

Etre rebelle et vivre avec

 

Le rebelle, Osho Zen Tarot, 1994 Osho International foundation, Suisse, 2005, AGM AGMüller, CH–1812 Neuhausen pour l’édition française
Le rebelle, Osho Zen Tarot, 1994 Osho International foundation, Suisse, 2005, AGM AGMüller, CH–1812 Neuhausen pour l’édition française

 

Pour la plupart des personnes, être un-e rebelle, signifie être en révolte permanente contre tout et contre tout le monde. C’est rarement vu comme quelque chose de positif.

Par hasard, chez une amie, je suis tombée sur une autre vision. Elle possède une édition du jeu de tarot Zen de Osho. En tirant une carte, je suis tombée sur celle du rebelle. C’est la quatrième arcane majeure, qui dans le tarot traditionnel est la carte de l’empereur. Le petit livret d’explication qui venait avec les cartes, disait, entre autres que:

“L’être accompli est l’étranger le plus frappant dans ce monde. Il semble n’appartenir à rien ni à personne. Aucune organisation, aucune société et aucune nation ne peut l’influencer”

Je ne me sens absolument pas “accomplie” ni quoi que ce soit de ce genre! Par contre, je dois bien constater que je suis ainsi faite que je ne rentre dans aucune case préexistante. J’ai cherché ma place dans de nombreux lieux et groupes et, où que j’arrive, je me suis toujours sentie en porte à faux. Pour moi les choses sont “différentes”, “pas aussi simples”, “plus complexes”, etc. Et je connais un certain nombre de personnes qui se sentent dans le même cas de figure.

Pour moi, ne rentrer dans aucune case, ça n’est pas du tout la même chose que d’être en révolte permanente. Pour autant, cela n’est pas nécessairement confortable, loin de là.

Comme les autres êtres humains, j’ai besoin de me sentir appartenir à un groupe ou à un clan. Ne rentrer dans aucune case, c’est me sentir n’être nulle part vraiment à ma place et je dois assumer la solitude qui va avec. L’assumer n’est pas toujours facile ni agréable.

Quand, pour soi, “c’est différent”, “plus compliqué”, les réponses des autres, qu’il s’agisse de spiritualité, de développement personnel, du sens de sa propre vie, de sa manière d’être au monde, etc, n’ont que peu de pertinence. Comme pour les autres personnes qui sont dans ce genre de parcours de vie, je me dois de trouver mes propres réponses et de faire mon propre chemin.

Cela peut avoir des côtés très stimulant que de trouver sa propre route dans la vie, cela peut l’être encore plus quand elle nous est vraiment adaptée. Mais cela demande là encore d’assumer une part certaine de solitude. Cela peut aussi demander d’assumer une grande part de distance voire de rejet de la part de la majorité des autres pour qui “tout tourne rond”, et qui trouve son confort en suivant le chemin et le parcours de vie de son entourage.

Comme les autres personnes atypiques, je suis confrontée à ma propre acceptation (ou non) de ma différence et de mon parcours de vie. Il me faut intégrer d’une manière où d’une autre que je vis dans un monde dans lequel je suis une bête curieuse aux yeux des autres, et qui plus est pas bien adaptée. Etant par exemple, une personne douée d’une très grande sensibilité, la dureté du monde du travail actuel m’est proprement insupportable et me rendre la vie difficile.

Bien sûr que de développer et d’utiliser au maximum mes ressources, de me créer un réseau de proches respectueux et bienveillants, de me trouver un job plus ou moins supportable m’aide à rendre la situation aussi vivable que possible. Mais elle a une dimension existentielle qui demeure malgré tout. “Qu’est-ce que je fais sur cette f… planète?”, “pourquoi moi? Je n’ai strictement rien demandé de tel!”, etc.

Que faire? Comment vivre en paix malgré cette douleur existentielle? A défaut d’une recette magique, j’en suis à prendre acte que, “oui, c’est ainsi”, que la vie dans la société a laquelle j’appartiens à des moments affreux, qu’avec ma sensibilité et mon éthique j’en prends régulièrement plein la figure, que de faire face aux aspects mortifères de ce quotidien me consomme une énergie énorme, que je ne suis pas adaptée à cette planète et encore moins à la société humaine qui m’entoure. Prendre acte est important pour moi. Ca me pose. Cela m’aide aussi à moins me débattre ce qui me consomme aussi beaucoup d’énergie. Cela m’aide encore à revenir à ma source intérieure, à me centrer sur ce qui m’est essentiel et qui nourrit ma vie. Mais cela reste une lutte de tous les jours.

Enfant doué, enfant indigo, Deux noms différents pour un même type de parcours de vie?

Czarky.gif, wikimedia commons
Czarky.gif, wikimedia commons

 

Dans son tout premier ouvrage(*), la psychothérapeute Alice Miller a utilisé l’expression « d’enfant doué » pour décrire les enfants particulièrement sensibles, perceptifs, relationnels, intuitifs et pour parler des difficultés qu’ils rencontrent dans la vie. En gros, être un enfant doué, signifie avoir toutes les chances de souffrir particulièrement d’un environnement familial non respectueux, abusif, maltraitant, carencé, voire pire encore. Devenus grands, ces enfants continuent à vivre avec une sensibilité toute particulière les coups de la vie qui sont loin de se réduire à l’âge adulte.

Si Alice Miller s’est essentiellement centrée sur la maltraitance et sur ses conséquences, d’autres personnes ont parlé de parcours de vie comparables, en désignant les personnes concernées de « sur-efficients mentaux » (**), de « hauts-potentiels », etc. Ces deux descriptions ont en commun qu’elles parlent du parcours de vie de personnes particulièrement sensibles et réceptives. Les auteur-e-s de ce deuxième courant constatent également que la vie n’est pas évidente pour ces personnes et que l’acuité de leur conscience fait qu’elles ressentent très fortement les épreuves qu’elles traversent. L’une de ces auteures a d’ailleurs intitulé son ouvrage « Trop intelligent pour être heureux? » (***). Personnellement, j’apprécie tout particulièrement la description de Christel Petitcollin qui me semble quasiment écrite de l’intérieur.

Je me reconnais assez facilement dans ces deux descriptions. Il en existe une troisième, celle « d’enfant indigo », d’origine beaucoup plus ésotérique. D’autres la décriront infiniment mieux que je ne saurais le faire, je m’en abstiendrais donc (votre moteur de recherche préféré vous renseignera très facilement). Comme elle me laissait très mal à l’aise, je suis restée à distance de cette dernière pendant des années.

Ce qui me dérange le plus dans la description des personnes dites « indigo », c’est «l’intentionnalité», i.e. «être venue sur terre délibérément et dans le but de réaliser un parcours particulier», souvent très difficile et douloureux. C’est comme s’il y avait des êtres à la fois intelligent et sensibles qui seraient capables de choisir de venir délibérément au monde dans des environnements gravement maltraitants, abusifs, carencés, de subir des conditions de misère matérielle et affective terrible leur garantissant une vie extrêmement difficile et douloureuse, d’enfant maltraité, puis d’adulte traumatisé et prisonnier de son passé, de femme abusée et battue voire pire encore. Désolée, ca ne passe pas et je récuse la vision du monde selon laquelle « il n’y aurait pas de hasard ». En tout cas moi, je ne me reconnais pas là dedans. En fait, il est absolument clair pour moi que je ne veux pas être là (dans cette existence) et c’est ainsi, point.

Suite à un concours de circonstances, je suis tombée sur un site décrivant quelque chose de plus concret, de plus palpable et surtout de plus acceptable pour moi (****). Ce site décrit les personnes dites indigo à partir de 8 besoins fondamentaux et de 25 caractéristiques principales. En les parcourant, je me suis rendu compte que je me sens correspondre à tous les besoins fondamentaux listés (vivre ma vérité intérieure, être intègre, vivre dans la congruence, servir, vivre libre, aimer, avoir besoin d’harmonie et harmoniser et exprimer ma propre forme de reliance), mais pas toujours de la manière décrite. Mon expérience de «plus grand que moi», par exemple, n’est pas démonstrative. Je ressens cette dimension dans certaines de mes intuitions, dans la Présence silencieuse que je peux percevoir tout au fond de moi, dans des signes très discrets, dans la manière dont je peux prendre soin de mes proches. Tout cela n’a absolument rien de spectaculaire. Il en va de même pour le reste. Je me retrouve également dans au moins 20 des 25 caractéristiques principales listées sur ce site. Je me suis rendue compte que je me retrouve devant une description qui me correspond assez bien.

Se pourrait-il qu’il s’agisse de moi? Se pourrait-il que cette catégorie ait quand même un sens?

Dans un premier temps, je n’étais pas très à l’aise avec cette éventualité. Mon côté « carrée », scientifique, ne s’y retrouve pas. Dans un deuxième temps, en observant ma dynamique de vie concrète, je dois bien admettre que je me retrouve dans une bonne part de la description concrète des personnes indigo que j’ai trouvée sur ce site. Que je sois venue au monde dans le but d’agir dans ce sens ou pas, en pratique j’agis dans le même sens que les personnes qui y sont décrites. Même le faire à ma manière et y mettre mon grain de sel fait partie de la description! Est-ce que le reste ne serait pas qu’une question de rhétorique ou de vision du monde?

Là où cela me semble important au delà de ma personne, c’est que ces trois descriptions indépendantes provenant de personnes et d’époques différentes convergent (sans être identiques, bien sûr). Cela est pour moi le signe que les personnes douées, sur-efficientes,  indigo sont plus nombreuses que dans le passé et que leur présence devient visible, au point qu’il existe une petite littérature à leur sujet. Alors que je me suis longtemps sentie seule au monde avec ma différence, je rencontre de plus en plus de personnes dans mon entourage qui se reconnaissent dans au moins un de ces trois termes. C’est pour moi le signe d’un changement.

A l’heure d’internet, des blogs et des réseaux sociaux, les personne au parcours de vie atypique ne sont plus condamnées à rester seules dans leur coin. Il est aujourd’hui possible à chacun-e d’entre nous d’exprimer sa part de « parole sacrée ». Il est aussi possible d’aider à créer un réseau de relations, de connexions, de partages d’expériences qui permettront aux enfants doués de partager leurs expériences de vie. Ce faisant, il sera important d’éviter « d’entrechoquer trop souvent des tubes de nitroglycérine », pour reprendre l’expression de Christel Petitcollin. Il est aussi important d’en faire un partage d’expériences positives de vie qui stimule le chemin de chaque personne plutôt qu’un partage de mal-être qui serait un vrai poison (et ne ferait que reproduire ce que les personnes vivent déjà dans leur quotidien).

Qu’est-ce qui peut en sortir? Je n’en sais humblement rien. Je sais juste que trop d’enfant doué-e-s vivent très difficilement leur vie. Je sais aussi que nombre d’entre eux souffrent, beaucoup, de ne pas pouvoir exprimer cette part d’essentiel qu’ils portent qu’ils ont envie d’offrir au monde. Et j’ai envie d’essayer.

(*) [Miller, 2012] Alice Miller, Le drame de l’enfant doué, PUF,  2012 (pour l’édition actuelle)

(**) [Petitcollin, 2010] Christel Petitcollin, Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel, 2010

(***) [Siaud-Facchin, 2008] Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux? L’adulte surdoué, Odile Jacob, 2008

(****) Voir : http://www.lousonna.ch/999/sindigo.html

 

Comment contribuer au changement de société auquel nous aspirons?

Kraeuterspirale
Kraeuterspirale

 

Je ne doute pas que des enfants doués peuvent opérer des changements importants dans des environnements familiaux un tant soit peu respectueux. Mais les changements sont tout aussi urgents sur le plan sociétaire. Comment pousser ces changements quand les leviers de nos sociétés sont aux mains de personnes qui sont parfaitement à l’aise dans des rapports de force? Comment faire face à des personnes qui n’ont pour but principal que l’acquisition et la conservation du pouvoir pour elles-mêmes et pour leur clan et qui sont prêtes aux actions les plus tordues pour y arriver? Comment faire son chemin dans un univers pareil, quand on est un être sensible, qu’on n’est pas là pour soi-même, mais pour construire avec d’autres? Comment agir en évitant de se faire manipuler et «avoir» par d’autres qui ne recherchent que leur propre réussite? Comment chercher des chemins d’évolution politiques, économiques, sociaux, ensemble avec d’autres quand ces autres n’ont pas du tout le même but?

Comment faire pour sortir d’un mode de vie basée sur la prédation (sur la nature, sur autrui) quand les dirigeants politiques et économiques sont les premiers à avoir intérêt à ce que rien ne change? Comment donner une vie, un travail, une dignité à chacun, comment construire une économie qui ne soit pas basée sur la croissance perpétuelle de l’exploitation des ressources de cette planète?

Dans «Like a tree» (*), Jean Shinoda Bolen fait référence à un conte de Shel Silverstein, «the giving tree» (**), l’arbre généreux. Ce conte raconte l’histoire d’un enfant qui, pour satisfaire ses besoins, exploite un arbre en prenant ses fruits, puis ses feuilles, puis ses branches, puis son tronc, à différentes époques de sa vie, sans jamais rien lui donner en retour. Quand il est âgé, il ne reste plus qu’une souche d’un arbre qui était magnifique. Le conte parle de générosité. Mais, sans le vouloir,il traduit aussi l’attitude infantile des humains, qui exploitent la nature comme une chose, sans la respecter ni rien lui donner en retour. Tous nos caprices sont légitimes. Nous détruisons la beauté autour de nous, chez les humains et dans la nature, nous transformons notre propre monde en dépotoir. Tous les êtres sensibles qui s’insurgent contre cet état de fait sont ridiculisés, dévalorisés et méprisés par ceux qui profitent le plus de ce système de prédation. Comment faire pour changer cela? Comment faire pour empêcher les sociopathes, les narcissiques et les manipulateurs pervers d’arriver aux leviers de commande de nos sociétés et de notre économie?

C’est pour moi une question qui est encore sans réponse. Mais l’enjeu me semble très important. Peut-être que de nouvelles générations d’enfants moins blessés et démolis par leurs contextes familiaux que je ne l’ai été auront les ressources nécessaires pour remettre en route nos sociétés qui sont complètement bloquées face à cette question.

(*) Voir [Bolen, 2011] Jean Shinoda Bolen, Like a Tree: How Trees, Women, and Tree People Can Save the Planet, Conari Press, 2011

(**) Voir [Siverstein, 1964] Shel Silverstein, The giving tree, HarperCollins, 1964

Questions existentielles et spirituelles

Agathla Peak, Monument Valley
Agathla Peak, Monument Valley

 

La dimension de «plus grand que soi» de chaque personne lui est propre et très intime. Il me semble cependant qu’un point qui peut réunir la grande majorité des enfants doués est qu’ils sont dans l’impossibilité de se satisfaire de vérités imposées de l’extérieur et qu’il-elle-s recherchent en eux-mêmes leurs propres réponses aussi singulières soient elles.

Il est possible que certaines de mes propres réponses puissent être pertinentes pour d’autres. C’est pourquoi je les propose ici, ne serait-ce que pour qu’elles aident d’autres à trouver les leurs.

Il existe dans la nature une forme d’indétermination liée aux lois qui la gouvernent (*). Ces lois nous influencent aussi, en ce sens que je ne crois pas qu’il y ait une intention ou une finalité derrière le fait qu’un être naisse handicapé, dans une famille maltraitante ou avec quelque autre particularité. Les lois de la nature ne sont ni déterministes ni essentialistes. Ce sont nos visions de cette dernière qui le sont.

Je ne crois pas à la prédestination et je suis intimement convaincue que, malgré tous les déterminismes qui influent sur nous, nous avons une part de liberté de choix. De l’interaction de nos libertés individuelles naît nécessairement une part de hasard (d’indétermination) dans nos vies. Nous ne sommes pas sur des rails et les autres ont une existence propre, ils ne sont pas là que pour jouer un rôle ou un autre dans nos vies.

Face à certaines formes de la condition humaine, il est tout simplement naturel et légitime d’être révolté-e et en colère contre la vie. Il y a des sorts qui sont totalement insupportables et il est entièrement légitime et honorable que des personnes mettent toute leur énergie à les corriger.

A mes yeux, les formes de spiritualité patriarcales traditionnelles, encore très largement majoritaires sur cette planète, sont en train de montrer leurs limites. Profondément non respectueuses et toxiques, elles sont dans l’incapacité de répondre aux quêtes de sens de personnes qui ne se laissent plus mettre en esclavage pour servir des pouvoirs religieux qu’elles ne reconnaissent plus comme légitime. Ce mouvement est très lent, plus visible en occident qu’ailleurs, mais présent partout.

Les êtres humains sont en train de se chercher. Mais, quelles que soient les formes de nouvelles expériences spirituelles, pour être vivantes, fécondes et durables, elles se doivent d’accompagner les personnes dans la découverte et le déploiement de leur propre part de «plus grand qu’elles» plutôt que de vouloir leur imposer un paquet de l’extérieur. Elles se doivent aussi de respecter et d’inclure les formes d’expérience spirituelles féminines(**), de même que celles de toutes les personnes qui sont «atypiques» à un titre ou à un autre. Plutôt que d’isoler les personnes et de les rendre dépendantes d’une puissance à laquelle elles devraient tout (***), elles se doivent de les aider à se relier à la nature, aux autres êtres vivants, à leurs proches et à tout ce qui peut les guider dans leur parcours. Elles se doivent de respecter et de valoriser pleinement l’autonomie des personnes, y compris par rapport à leur part «institutionnelle». Il y a encore beaucoup de chemin à faire!

(*)En gros, ce qu’on appelle les mathématiques du chaos

(**) Voir, par exemple:

[Bolen, 2002] Jean Shinoda Bolen, Goddesses in Older Women: Archetypes in Women over Fifty, Harper Perennial, 2002

[Bolen, 2004] Jean Shinoda Bolen, Goddesses in Everywoman: Powerful Archetypes in Women’s Lives, Conari Press, 2004

[Gange, 2002] Françoise Gange, Les Dieux menteurs, Renaissance du livre, 2002

[Gange, 2006] Françoise Gange, Avant les Dieux, la Mère universelle, Editions Alphée, 2006

[Gange, 2007] Françoise Gange, Le viol d’Europe ou le féminin bafoué, Editions Alphéé, 2007

[Gimbuntas, 2005] Marija Gimbuntas, Le langage de la déesse, Editions des femmes, 2005

[Redmond, 1997] Layne Redmond, When the Drummers Were Women: A Spiritual History of Rhythm,
Three Rivers Press, 1997

[Schaefer, 2006] Carol Sachefer, Grandmothers Counsel the World: Women Elders Offer Their Vision for Our Planet, Trumpeter, 2006 (traduit chez Véga en 2012)

[Tedlock, 2005] Barbara Tedlock, The Woman in the Shaman’s Body: Reclaiming the Feminine in Religion and Medicine, Bantam, 2005

(***) Représenté par un dieu à la Zeus, derrière lequel se cache une institution patriarcale

Comment survivre dans un monde de brutes quand on est un-e enfant très sensible?

640px-Robert_Salmon_-_Storm_at_sea En gros, c’est comme dans les films de Stallone: «Ca va chier!» (*)

J’aimerais beaucoup avoir une recette qui permette aux enfants sensibles de traverser leur existence sans subir des chocs très rudes. Mais je n’en n’ai pas. La vie est tout sauf un long fleuve tranquille et c’est encore plus difficile quand on est ce qu’Alice Miller appelle un «enfant doué»(**), particulièrement perceptif et sensible.

Je souhaite de tout mon cœur que de très nombreux enfants doués aient une vie considérablement plus douce et plus plaisante que ce par quoi j’ai dû passer. Mais, dans mon expérience, cela demande énormément de courage et de ténacité que de tenir face à des familles gravement abusives, un environnement scolaire qui est tout sauf accueillant et un monde professionnel où être sensible et avoir de bonnes antennes est ressenti comme une menace par les autres.

Etre un-e enfant doué c’est presque la garantie de relations sociales difficiles avec un entourage qui n’a pas la même acuité de conscience. C’est aussi quasiment la garantie de ressentir les choses très fortement et de les exprimer tout aussi fortement. Ceci ne peut que heurter ou blesser les personnes qui n’ont pas un ressenti de la même acuité et engendrer encore d’autres conflits.

Il est fort possible que de se sentir avoir un but, un objectif, une mission, une vocation aide aussi les personnes à traverser les moments difficiles qu’elles vivront. Mais ça n’est pas mon cas, et je ne peux pas parler d’une expérience que je n’ai pas eue.

S’entourer d’ami-e-s, de mentor-e-s, de thérapeutes de qualité aide non seulement à vivre, mais à progresser. S’entourer d’art, de musique, pratiquer l’expression créative, trouver les passions qui nous tiennent à coeur est tout aussi important pour équilibrer notre vie et la remplir de belles expériences qui peuvent contrebalancer ce que nous expérimentons de mortifère par ailleurs.

Chercher son chemin de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et sans jamais lâcher est absolument essentiel. C’est infiniment plus facile à dire qu’à vivre, mais je ne connais aucun substitut pour cet ingrédient.

Quand on est jeune, demain c’est très loin. Avec le temps, les années s’ajoutent au jours, puis les décennies s’ajoutent aux années. Il me faut longtemps pour faire mon chemin, trouver ma place, nouer de belles et durables relations, commencer à trouver une place valable et créative dans la société qui m’entoure. Quand on est jeune, cela peut paraître inaccessible tellement c’est loin. Mais j’ai fait l’expérience que cela peut se produire. Est-ce que cela vaut la peine de lutter? A chacun-e de décider en conscience.

J’ai trouvé quelques remarques très pertinentes dans « Je pense trop » de Christel Petitcollin (***). Ce sont des pistes de base qui peuvent être utiles.

Avec le temps, j’ai pu commencer à goûter et apprécier les bons moments que je vivais. Beaucoup plus récemment, j’ai commencé à ressentir de la reconnaissance au jour le jour pour toutes les bonnes choses que je vis. Cela m’aide à contrebalancer le poids des moments difficiles et à sortir de dynamiques de vie où la lutte et la souffrance ont toute la place.

Je souhaiterais cet article tellement plus long….

(*) Hurlé avec une voix bien rauque

(**) [Miller, 2012] Alice Miller, Le drame de l’enfant doué, PUF, 2012

(***) [Petitcollin, 2010] Christel Petitcollin, Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, Gui Trédaniel, 2010