Sous le zen, la passion

Ray Bradbury Le Zen dans l'art de l'écriture Antigone 14 Editions, 2016
Ray Bradbury Le Zen dans l’art de l’écriture Antigone 14 Editions, 2016

 

De nombreux écrivains ont, à un moment ou un autre, pris la plume pour partager leur expérience en matière d’écriture. Une recherche sur votre librairie en ligne préférée avec les mots clefs « art » et « écrire » retourne plusieurs dizaines d’ouvrages. L’un des écrivains qui a sacrifié à ce rite est Ray Bradbury.

Sous le titre « Le Zen dans l’art de l’écriture » ([1], [2]) il a publié un recueil de 19 textes écrits à différentes époques de sa vie. Ce livre a ceci d’atypique que Ray Bradbury a essentiellement traité de ce qui l’a inspiré et de comment le matériau s’est transformé avant qu’il ne soit prêt à écrire.

Une chose qui est frappante dans tous ces textes, c’est combien les épisodes de son enfance l’ont inspiré et comment ils l’ont fait vibrer, avant d’entrer en gestation parfois dans des décennies, pour qu’il ne se sente un jour prêt à écrire, parfois en un après-midi.

Même en anglais, le titre de l’ouvrage de Ray Bradbury mentionne le zen. Ce terme implique la paix, la sérénité et une certaine égalité d’humeur. Mais, dans ces textes, ce qui émane de l’auteur, c’est l’intensité de ses ressentis et, en fait, la passion qui ne l’a pas quitté tout au long de ces années.

Une des choses qui me fascine le plus, c’est comment, depuis sa plus tendre enfance, il vibre aux éléments apparemment les plus anodins de sa vie, avec quelle vivacité son imagination s’en empare et comment les éléments se transforment et se combinent pour former des histoires à la fois complètement nouvelles et enracinées dans sa propre vie.

Dans un de ces textes, daté de 1964 et intitulé « un aperçu de Byzance : le vin de pissenlit », il est question de la ville dans laquelle l’auteur a vécu une partie de son enfance et de comment elle est transformée et transposée dans ses récits. Il mentionne qu’un critique s’est un jour étonné de comment il avait transformé cette ville portuaire à ses yeux absolument sinistre en quelque chose de mystérieux et enchanteur. Ray Bradbury répond qu’il avait, bien sûr aussi vu cet aspect des choses, mais il n’empêche que son regard d’enfant avait vu autre chose :

« En réalité, bien sûr que je l’avais remarqué, mais de tout cela, enchanteur que j’étais jusqu’au plus profond de mes gênes, c’était la beauté qui me fascinait. Les trains, les wagons de marchandise, l’odeur du charbon, celle du feu, rien de tout cela n’est laid aux yeux d’un enfant. La laideur est un concept qui nous tombe dessus plus tard, et qui fait de nos des êtres complexés.  […] Sans compter que c’était dans cette même zone ferroviaire, à la laideur supposée, qu’à cinq heures du matin, dans l’obscurité de la nuit finissante, les fêtes foraines et les cirques débarquaient, avec leurs éléphants, dont les puissantes et acides cataractes, lessivaient en fumant le sol pavé de briques […] Pour le dire autrement, si votre garçon est un poète, parlez-lui fumier de cheval et il pensera à des fleurs; c’est à dire, bien entendu, la seule chose qu’ait jamais pu évoquer le fumier de cheval ».

Dans ce processus que nous décrit Ray Bradbury, je ne peux m’empêcher de voir un exemple particulièrement vivant et frappant d’un être surefficient doté d’une « surexcitabilité » imaginative et émotionnelle des plus marquées, pour reprendre la terminologie de Kasimierz Dabrowski ([3], [4], [5]), sans aucun doute l’auteur dont la vision de ce que c’est que d’être un-e surefficient-e est la plus profonde et la plus féconde.

Une autre caractéristique importante de son témoignage est que Ray Bradbury ressentait un besoin impératif d’écrire jour après jour, comme un pianiste fait ses gammes. Contrairement à d’autres pour qui l’écriture est quelque chose de beaucoup plus douloureux, c’était quelque chose qui, pour lui, relevait de la passion la plus pure et qui ne s’est pas éteint avec le temps.

Lire ce texte m’émerveille et me fascine. Il contribue aussi à m’interroger sur ce à quoi je passe mon temps et ce qui guide mes engagements dans ma vie. Peut-être en sera-t-il de même pour vous.

 

[1] Ray Bradbury, Le zen dans l’art de l’écriture, Antigone 14 éditions, 2016

[2] Ray Bradbury, Zen in the Art of Writing : Releasing the Creative Genius Within You Mass Market Paperback – 1992

[3] Sal Mendaglio, Ph. D, Editor; Dabrowski’s theroy of Positive disintegration; Great potential press; 2008

[4] Kazimierz Dabrowski; Personality-Shaping Through Positive Disintegration;   Red Pill Press; 2015; réédition complètement revue du texte de 1967

[5] Kasimierz Dabrowski; Positive Disintegration; Maurice Bassett; 2017; réédition revue du texte de 1964

 

 

3 réflexions sur « Sous le zen, la passion »

  1. Slut ! Quel plaisir de te lire !! Ce que tu écris (si bien) me donne toujours envie de lire les auteurs que tu nous recommandes ! Tout va bien ?? Bises à toutes les deux !!Marie-Odile Sanchez 

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